jeudi 7 janvier 2010

Le deuxième retour de début 2010 (ou pas?) : Hole (2)


Après Soundgarden, c'est une autre ancienne gloire des nineties qui revient sur le devant de la scène, avec concerts et album prévus. Mais attention : contrairement au groupe de Seattle, les circonstances de la "réunion" du groupe de Courtney Love sont légèrement différentes...


Hole, époque Celebrity Skin (Melissa Auf der Maur, Courtney Love, Eric Erlandson)


Courtney Love, est-ce la peine de le préciser, a eu, et a toujours une vie assez troublée. Le dernier album de Hole date de 1998, mais depuis, Courtney n'a sorti qu'un piteux album solo, en 2004. Pourtant, elle a rarement quitté les news de magazines peu réputés, notamment via les rumeurs persistantes de sa participation à la mort de Kurt Cobain ou, plus récemment, ses tweetssans queue ni tête. Plus grave, elle a récemment perdu la garde de sa fille, Frances Bean Cobain, et ne peut légalement plus l'approcher. On dit Courtney ruinée, c'était donc certainement le meilleur moment pour qu'elle revienne faire un peu de musique.

Car on dira ce qu'on veut, Courtney, c'est quand même une putain d'icône rock 'n roll. Les deux premiers albums de Hole étaient incendiaires à un tel point que les critiques misogynes ont forcément vu la patte de Cobain derrière tout cela. Mais comme beaucoup d'autres artistes avant elle, elle s'est perdue, s'est acoquinée avec pas mal de personnes fort douteuses, et maintenant, est devenue une sorte de mauvaise blague. Malheureusement, ce n'est pas cette "reformation" de Hole qui va améliorer sa réputation.

Est-ce à cause de la mauvaise réception de son album solo? Ou parce que "Hole" est plus vendeur que "Courtney Love"? Ou encore simplement une lubie de sa part? Reste que Nobody's Daughter, album annoncé depuis quelques années maintenant sortira bien sous le nom "Hole", comme la tournée l'accompagnant. Eric Erlandson, le guitariste du groupe, s'est opposé à l'idée d'un retour de Hole sans lui, expliquant qu'il possède au moins partiellement les droits du nom, mais Courtney semble s'en foutre pas mal : Hole version 2010 comprendra Courtney Love et trois nouveaux musiciens, les inconnus Stu Fisher et Shawn Dailey ainsi que sa nouvelle égérie, le jeune guitariste anglais Micko Larkin.



Courtney Love et Micko Larkin


Clairement, ça sent la catastrophe, mais quelque chose en moi a vraiment envie que ça fonctionne, j'ai toujours eu un faible pour Courtney Love, que j'ai toujours trouvé touchante, complètement paumée dans un monde qu'elle ne comprend absolument pas (ce qui réciproque). Puis, avec la vie dingue qui a toujours été la sienne, comment rester "normal"? Mais le plus important est que Violet reste un morceau emblématique des 90s, Live Through This un superbe album, et que si Nobody's Daughter est aussi bon, je me ficherai pas mal de qui est dans le groupe. Sans compter qu'en mars sortira le nouvel album de l'ex-bassiste de Hole, Melissa Auf der Maur. Celui-là, au moins, sera probablement excellent.


dimanche 3 janvier 2010

Deux de plus : reformation de Soundgarden et Hole (1)


Le but de ce blog n'a jamais été d'apporter des news, d'autres le font mieux et bien plus rapidement. J'aimerais toutefois apporter un commentaire aux deux nouvelles qui ont fait débuter 2010 sur les chapeaux de roues, à savoir le retour de deux groupes cultes du rock alternatif des 90s, Soundgarden et Hole.

Ce type de nouvelle parle forcément aux gens de la génération qui a grandi au son de tout ce qui sortait de Seattle. J'avoue que Soundgarden était sans doute le groupe que j'aimais le moins du "Big 4" (avec Alice in Chains, Nirvana et Pearl Jam), notamment parce qu'ils ont commencé un peu plus tôt (1984), et comme j'ai pris le train en marche, ils n'ont pas vraiment pu être "mon" groupe. De plus, j'ai souvent eu du mal à apprécier les acrobaties vocales parfois exagérées du frontman Chris Cornell. Soundgarden était toutefois un groupe fantastique, aux influences classic rock/metal/punk, avec un côté Led Zep fortement marqué.


Soundgarden a connu un certain succès commercial, surtout grâce à Black Hole Sun, dont la vidéo surréaliste fit les beaux jours de MTV. Puis, quelques années après, suite à un album flop et les classiques disputes internes (surtout entre Cornell et le guitariste Kim Thayil), Soundgarden est devenu le premier (et seul à ce jour) du Big 4 à se séparer. Thayil et le bassiste Ben Shepherd se sont fait discrets, par contre, le batteur Matt Cameron est devenu membre de Pearl Jam en 1999. Reste le cas Cornell...

On connaissait la propension du gars aux prouesses vocales parfois peu justifiées (dans le genre je fais ma Céline Dion quand je veux), mais il reste un excellent vocaliste et (surtout?) compositeur. Au cours des 10 dernières l'années, l'ami Cornell s'est un peu perdu. Le tout a commencé avec un album solo tiède (Euphoria Morning) puis par un nouveau groupe, Audioslave. L'idée pouvait être intéressante (Cornell + les trois musiciens de Rage Against The Machine) mais la collaboration a vite perdu tout intérêt, au point que pour le second album, ils jouaient autant de reprises (Soundgarden et RATM mais pas seulement) que d'originaux, et pour le troisième, ils n'ont même pas bougé de chez eux.

Un retour prévisible

Cornell s'est barré d'Audioslave avec fracas, a sorti un second album solo embarrassant et un thème de James Bond très oubliable, avant d'avoir l'idée farfelue de se la jouer RnB et de se faire produire par Timbaland. Le résultat, Scream, fut tellement ridicule qu'il n'avait plus qu'une seule option pour relancer sa carrière.

Les rumeurs se sont accentuées, notamment lorsque tout le groupe (sans Cornell) a rejoint un concert organisé par Tom Morello pour jouer trois morceaux de Soundgarden avec Tad Doyle au chant, ou lorsque Cornell a rejoint Pearl Jam pour chanter Hunger Strike (de Temple of the Dog, soit à l'époque deux Soundgarden et trois Pearl Jam), avec la présence backstage des deux autres membres. Officiellement, on ne parlait que d'un album de raretés, voire d'un boxset mais nous avons finalement droit à une véritable réunion.

Pas plus d'info en ce moment, si ce n'est un site internet (www.soundgardenworld.com) qui ne mentionne rien d'autre que la fin du "break" (tiens, il semble me souvenir que la réalité était autre...) du groupe, sans mentionner de plans, mais on sait que les festivals européens sont friands d'anciennes gloires qui reviennent, et ils offrent généralement un paquet de fric qui est, il faut l'accepter, la raison principale de cette vague de comebacks plus fracassants les un que les autres.

Matt Cameron et Pearl Jam

On aura l'occasion de reparler de tout cela. Une grande question demeure : quid de Matt Cameron? Une bonne année après la séparation de Soundgarden, Pearl Jam perd son batteur Jack Irons avant la tournée Yield de 1999. Cameron était évidemment proche du groupe (il était d'ailleurs le batteur de leur toute première démo, celle qui a été envoyée à un surfer de San Diego appelé Eddie Vedder pour qu'il y pose sa voix), et a accepté de faire la tournée.

Ce qui ne devait être qu'un interim s'est transformé en CDI, et Matt Cameron est maintenant membre de Pearl Jam depuis onze ans, ce qui est plus que le total de leurs trois premiers batteurs. Même si l'actualité de Pearl Jam devrait être relativement calme en 2010, ils ont une tournée européenne planifiée à un moment où Soundgarden aurait pu tourner, en plein été. Il n'y a forcément que trois solutions : Cameron quitte Pearl Jam pour rejoindre "son" groupe, et Pearl Jam trouve quelqu'un d'autre, avant ou après la tournée (peu probable, vu la place occupée par Cameron au sein de PJ), Cameron choisit de ne pas participer à la réunion de Soundgarden (aussi peu probable, même si l'annonce officielle de la reformation n'a pas précisé les membres du groupe) ou alors, Cameron trouve un moyen de s'organiser pour gérer les deux. Je pense que cette solution est la bonne : Pearl Jam n'a rien de prévu avant l'été (si ce n'est un concert one-off à New Orleans), ce qui laisse du temps à Cameron pour répéter avec Soundgarden, et après les deux semaines de PJ en Europe, il pourra y retourner.

Qu'en penser?

Cornell n'avait pas vraiment d'autre choix que de réactiver son ancien groupe, de plus, la mode actuelle des reformations des anciennes gloires des années 90 est toujours très lucrative, surtout en Europe. Musicalement, c'est une autre histoire. Cameron est bien ancré chez PJ, Thayil a, quant à lui, travaillé avec Sunn 0))). On sait que la voix de Chris Cornell n'est plus ce qu'elle était, mais soyons un minimum honnête : il est impossible qu'elle n'ait pas changé avec le temps, comme celle d'Eddie Vedder, par exemple. Cependant, il me semble peu probable que la réunion soit un échec, notamment parce qu'ils ont eu le temps de réfléchir du bien fondé de l'opération, et que les musiciens sont assez talentueux pour offrir une bonne performance. Sera-t-elle au niveau de Faith No More, dont les shows de réunion de l'an dernier furent souvent extraordinaires, cela reste à prouver. Mais on le saura dans le courant de cette année, peut-être lors des festivals européens de fin d'été.

Quant à l'éventuel nouvel album, je suis toujours partagé. D'un côté, on a la crainte légitime de sortir un album qui n'est pas du même niveau que les précédents (raison pour laquelle les Pixies, cinq ans après leur retour, n'ont toujours pas de nouveau matériel) mais de l'autre, un retour au but uniquement nostalgique perdrait vite de son intérêt artistique. Alice in Chains a réussi à revenir avec un nouvel album excellent, même si très profondément ancré dans "leur" époque.

Soundgarden en 1997


Mais chaque chose en son temps : maintenant, c'est simplement le moment de se réjouir du retour d'une des icônes des années 90, et/ou se plaindre du fait que tout ça, c'est juste une affaire de pognon.

En parlant de pognon, je vous parle de Hole la prochaine fois...

jeudi 31 décembre 2009

Mon Top 20 2009


Voici le récapitulatif de mon top 20 de l'année 2009, qui a d'abord été diffusé sur Twitter.

01 Arctic Monkeys - Humbug
02 The XX - XX
03 Dinosaur Jr - Farm
04 Them Crooked Vultures - Them Crooked Vultures
05 Manic Street Preachers - Journal for Plague Lovers
06 A Place To Bury Strangers - Exploding Head
07 Pissed Jeans - King of Jeans
08 Future of the Left - Travels With Myself and Another
09 Therapy? - Crooked Timber
10 Yeah Yeah Yeahs - It's Blitz!
11 Part Chimp - Thriller
12 Peter Doherty - Grace/Wastelands
13 Graham Coxon - The Spinning Top
14 The Raveonettes - In and Out of Control
15 Dananananaykroyd - Hey Everyone
16 Danger Mouse & Sparklehorse - Dark Night of The Soul
17 Alice in Chains - Black Gives Way To Blue
18 Pearl Jam - Backspacer
19 Sonic Youth - The Eternal
20 The Horrors - Primary Colours

Et en guise de bonus, un top totalement expérimental et foireux des années 00-09 (oui, j'ai bien du en faire un, finalement), mais je n'ai même pas essayé de classer le top 6.

01 Deftones - White Pony (2000)
01 Queens of the Stone Age - Songs for the Deaf (2002)
01 Radiohead - Kid A (2000)
01 Radiohead - Amnesiac (2001)
01 The Strokes - Is This It (2001)
06 The White Stripes - White Blood Cells (2001)
07 Mclusky - Mclusky Do Dallas (2002)
08 Arctic Monkeys - Humbug (2009)
09 Elliott Smith - Figure 8 (2000)
10 Idlewild - 100 Broken Windows (2000)
11 The Cooper Temple Clause - See This Through and Leave (2002)
12 Thrice - The Artist in the Ambulance (2003)
13 Biffy Clyro - Infinity Land (2004)
14 Dinosaur Jr. - Farm (2009)
15 Elliott Smith - From a Basement on the Hill (2004)
16 The Bronx - The Bronx (2004)
17 Pearl Jam - Binaural (2000)
18 The Last Shadow Puppets - The Age of The Understatement (2008)
19 Auf der Maur - Auf der Maur (2004)
20 The Raveonettes - Lust Lust Lust (2007)

samedi 19 décembre 2009

Tops de fin d'année/décennie? + 2010


Comme chaque année, on arrive à l'heure des bilans, période qui m'a toujours profondément emmerdée. Déjà, je n'aime pas faire de classements, la compétition entre albums de styles différents (et même identiques, d'ailleurs) n'ayant que fort peu de sens à mes yeux.

De plus, cette année, on doit se taper différents classements des "noughties", cette période artificielle s'étendant du 01/01/00 au 31/12/09, et qui n'est donc pas une décennie calendrier, vu qu'elle se terminera le 31/12/2010, parce que pas d'année zéro, etc etc.

Alors, si c'est déjà difficile/futile de reprendre et classer douze mois de sorties d'albums, que dire de 120? Comment comparer un album que je trouve fabuleux et qui est dans mes oreilles depuis 10 ans (par exemple, Deftones - White Pony) à un album que je trouve aussi fabuleux mais qui est dans mes oreilles depuis 10 semaines (Them Crooked Vultures, allez)?

Donc, je veux bien faire un top 2009, mais pour 2000-2009, pas la peine. J'avais bien commencé à dresser une liste de mes favoris année après année, mais franchement, ça ne valait pas la peine de passer le temps, si ce n'est pour l'aspect nostalgique ("les Strokes, putain, huit ans?").

Le top 2009 se dévoilera progressivement, jusqu'au 31 décembre, sur le Twitter Music Box, et à cette date, je publierai la liste (peut-être annotée) ici.

Tant que j'y suis, j'en profite pour dire que j'ai enfin terminé d'importer l'ensemble de mes chroniques publiées depuis septembre 2003 sur mon ancien (et tout pourri) hébergeur, Skynetblogs. Tout est donc dorénavant disponible sur la version Blogspot de Music Box, y compris les vieux articles assez mal écrits. Je vais aussi importer les articles MBO Skynet vers ici, ainsi que quelques chroniques de concerts (Kings of Leon, Blur), mais je ne vais pas écrire sur des concerts vus il y a quelques années maintenant.

Et en 2010? Je suppose que tout continuera comme en 2009, je reprendrai (enfin!) les chroniques des remasters Beatles ici, et les chroniques d'albums sortis en 2010 sur Music Box. Si j'écris sur des albums sortis en 2009 (j'en ai encore une bonne dizaine en backlog), je les antidaterai au 31/12/2009 pour qu'on s'y retrouve. Et pourquoi ne pas faire revivre RetroMusicBox (qui serait importé aussi, donc gros boulot) sporadiquement?

Voilà.

lundi 2 novembre 2009

Comment finir 2009


Vu le retard accumulé au cours des mois écoulés, et le fait que j'ai envie d'encore parler de quelques albums sur Music Box, je vais suspendre les reviews de Beatles jusque 2010, de toute façon, on est plus à quelques mois près. Enfin, je caserai peut-être Rubber Soul entre temps, mais priorité à l'actu musicale.

Voici ma shortlist pour Music Box, je ne saurai hélas pas tout chroniquer, mais je ferai ce que je peux.

Julian Casablancas, Biffy Clyro, Skunk Anansie, Lou Barlow, Pixies, Jemina Pearl, Jello Biafra, Wolfmother, The XX, Part Chimp, Pissed Jeans, Soulsavers, Wavves, White Denim, Iwrestledabearonce, Japandroids, Foo Fighters, Nirvana Live at Reading, Slayer, A Place to Bury Strangers, Rammstein, Weezer, Turbo Fruits.

Certains de ces albums pourraient se retrouver sur Shoot Me Again, comme quelques autoproductions/démos dont je devrais vraiment m'occuper dès que possible...

En attendant, voici le dernier extrait d'un album omis ci-dessus mais dont je vais évidemment parler :



dimanche 25 octobre 2009

The Beatles Remasters : Stereo Vs Mono


En 2009, on ne se pose pas de questions. Á l'époque du Blu-Ray, du 7.1 et de Pro-Tools, il semble totalement évident que le son stéréo est préférable. Figurez-vous qu'en 1963, c'était exactement le contraire. Dans les cas des Beatles, le Fab Four et George Martin eux-mêmes supervisaient le mixage mono, et laissaient le stéréo aux ingénieurs du son anonymes. Le stéréo, a l'époque, était un marché de niche pour la musique pop, et n'intéressait pas grand monde. En fait, les quatre premiers albums n'étaient carrément jamais sortis en stéréo.

Les années passent, et l'équipement stéréo des acheteurs de disques s'améliore très rapidement. Vers la fin de la carrière des Beatles, c'est carrément le contraire qui se passa : Abbey Road et Let It Be n'ont pas de version mono, et celle de Yellow Submarine est juste la stéréo mal trafiquée pour répondre au peu de demande qu'il restait à l'époque. Entre ces deux extrêmes, deux versions de chaque album sortaient plus ou moins systématiquement. Ce n'est donc pas toujours facile de s'y retrouver, surtout que les deux cd de 87 (Help! et Rubber Soul) ont bénéficié (?) d'un nouveau mix stéréo par George Martin.

Heureusement, les remasters permettent d'y voir plus clair, vu que deux sets comprennent les albums mono d'une part (avec les deux mix stéréo originaux des deux albums précités et une compilation, Mono Masters, des morceaux mono hors albums) et stéréo d'autre part. Comme évoqué plus tôt, les quatre premiers albums font leur début en stéréo, alors que les autres existaient déjà, sans l'extraordinaire travail de remasterisation, bien sûr. Enfin, les albums vendus individuellement sont les versions stéréo.


Le box set stereo


Donc, c'est assez simple. Oui, mais non. On peut se poser la question : mais alors, à quoi servent les mono? Un indice rend cette question vraiment intrigante : même si le boxset mono comprend trois albums de moins, il coûte une quarantaine d'euros de plus. Ce qui est justifié par le travail supplémentaire qu'ont nécéssité ces versions. Mais pourquoi, en 2009, accorder tant d'importance à un système sonore suranné?

Deux raisons : non seulement les Beatles eux-même préconisaient la version mono (pour les dix premiers albums), mais en plus, elle est dite meilleure. Comme je l'évoque dans le premier paragraphe, les versions stéréo ne bénéficiaient pas du même soin que les mono. Vu que la remasterisation n'est pas (heureusement) un remixage, cet aspect-là est toujours présent dans les remasters. Certains morceaux sont même difficiles à écouter en stéréo, car la voix, ou parfois un instrument, passe de droite à gauche sans prévenir, ou disparaît pendant deux minutes avant de revenir, sans raison apparente. Lors d'une écoute attentive au casque, par exemple, les stéréo peuvent carrément être assourdissantes.

Et le mono


Mais attention : le "problème" ne concerne pas tous les albums, et plus le temps passe, plus le mixage stéréo s'améliore. De même, une écoute plus passive, ou dans un contexte ouvert (voiture, chaîne hi-fi) reste tout à fait satisfaisante. De même, le mix stéréo est souvent plus précis, surtout au niveau de la basse : les fans de Macca s'en délecteront. On regrettera toutefois qu'EMI n'ait pas laissé le choix, vu que les albums mono ne sont disponible qu'en boxset chérot, et limité de surcroît. Le marketing garde les pleins pouvoirs, et une fois de plus, on s'étonnera des téléchargements illégaux, surtout que le catalogue des Beatles n'est toujours pas disponible online, ni à la vente, ni en streaming.

vendredi 16 octobre 2009

Les paroles de Backspacer (Pearl Jam)


En presque vingt ans de carrière, il semble évident de dire que les paroles de Pearl Jam sont généralement lourdes de sens. Pour ne reprendre qu'un exemple par album, Pearl Jam (principalement son chanteur Eddie Vedder) a évoqué l'inceste (Alive), les armes aux USA (Glorified G), une réflexion sur la mort (Immortality), sur la célébrité et son refus (In My Tree), la théorie de l'évolution (Do The Evolution), la tuerie de l'école de Columbine (Rival), l'avidité de notre société (Green Disease) ou encore les réservistes de l'armée US (Army Reserve). Bien sûr, certains de leurs morceaux sont différents, mais PJ n'est pas connu pour sa légèreté, et cela ne s'est pas arrangé avec le temps : Riot Act était le premier album majeur parlant avec un certain recul du 11-Septembre alors que les morceaux de Pearl Jam avaient souvent un titre qui parlait de lui-même, comme Worldwide Suicide, Life Wasted, Comatose, Severed Hand. Leur nouvel opus, Backspacer, est leur album le plus court et, dit-on, le plus optimiste. Eddie Vedder, qui a écrit l'entièreté des paroles, s'est concentré sur quelques thèmes qui lui sont chers, et qui apparaissent souvent de manière récurrente ici, ce qui n'empêche pas quelques surprises.

Vedder a commencé par raconter des histoires assez glauques, parsemées de malheurs et tristesses en tout genre. On retiendra évidemment la trilogie Mamasan, racontant l'histoire d'un garçon se faisant abuser sexuellement par sa mère (Alive), avant de devenir un tueur (Once) et d'attendre la fin dans le couloir de la mort (Footsteps). Jeremy tente de décrire ce qui est passé par la tête d'un gosse qui s'est suicidé en classe alors que Black est une chanson d'amour contrarié de plus, mais quelle chanson. Au fur et à mesure, Vedder élargira ses horizons, en étant notamment plus personnel (Animal, Rearviewmirror, Blood) ou justement plus général (Indifference, Leash). Il se lancera aussi dans l'engagement politique (Dissident, W.M.A) et attirera l'attention de critiques féministes par son étonnante capacité à se mettre dans la peau du sexe opposé (Daughter, Betterman). Enfin, on ne peut pas parler des textes de Vedder sans évoquer la mer. Surfeur avide, Vedder parsème ses textes de références aux vagues, notamment comme source de changement (Oceans) ou comme motivation (Release).

Le succès immense que connaîtra Pearl Jam va aussi lui inspirer quelques réflexions, la majorité se trouvant sur ce qui est sans doute leur album le plus radical, Vitalogy. On a souvent tendance à tracer une ligne entre cet album et le suivant, No Code. Même s'il n'y a pas vraiment de cassure, No Code marque le moment où Pearl Jam a pris conscience du concept de liberté artistique, et a pu sortir des albums sans trop s'inquiéter de leurs chiffres de vente (le but de cet article n'est pas de se demander si cela a changé ou pas). De même, les textes sont peut-être aussi moins marquants, Vedder ne ressentant peut-être plus le besoin de marquer les esprits. C'est aussi à partir de No Code qu'il laissa ses bandmates écrire quelques textes, parfois avec brio (Rival, Gods Dice, Nothing As It Seems, Inside Job).

Comme évoqué plus tôt, Riot Act et Pearl Jam sont sombres, tout comme les textes de Vedder. Paradoxalement (ou pas?) c'est aussi dans ces deux albums qu'il osa parler d'amour, comme s'il se sentait libéré de certaines contraintes. Etre lui-même amoureux a sans doute aussi aidé. Et comme les premiers pas d'un amoureux, Vedder a parfois pêché par maladresse. Un sujet si grave que la mort de neuf fans pendant un concert (Roskilde 2000) méritait un autre titre que Love Boat Captain, et des métaphores un peu plus légères (un bateau n'a pas de rênes). L'important était toutefois là : l'amour comme force qui guide l'être humain dans la tempête. Ce thème allait devenir récurrent chez Vedder, et empreindre virtuellement chaque morceau de Backspacer. Un autre thème récurrent, lié à l'amour, est celui du carpe diem. Le premier single de Riot Act, I Am Mine, l'explicite très bien : "I know I am born, and I know that I'll die / The in between is mine".

Pearl Jam, dit "Avocado", est aussi assez chargé en thèmes sombres, comme déjà évoqué plus haut. Hélas, ces idées sont parfois évoquées de manière peu subtile, comme sur l'assez lourdaud Come Back. Mais les rayons de soleil viennent surtout de Parachutes ("What a difference had I not found this love with you", de Big Wave (au texte aussi explicite que le titre) ou de Inside Job, dont le texte motivant est écrit par le guitariste Mike McCready, une première pour le groupe.

Ce qui nous amène à Backspacer. Effectivement concis, l'album est une photographie précise de l'état d'esprit actuel du groupe, et donc, bien sûr, de son parolier. Gonna See My Friends introduit le thème principal des textes de Backspacer : la mort. Ou plutôt la conscience de la mortalité. C'est véritablement une obsession : Gonna See My Friends est ponctué de images s'y référant. "I wanna shake this pain before I retire", "won't be long before we all walk off the wire" et surtout "wanna leave it all, wanna give it up, wanna see it, gone once and for all." Faire une interprétation définitive d'une oeuvre artistique est aussi dangereux qu'inutile, mais il n'est pas impossible que le morceau parle de suicide. Mais l'autre face de la même pièce indiquerait plutôt l'envie de faire le plus possible, de saisir sa vie au maximum avant qu'elle se termine. Carpe diem, donc.

Les deux morceaux suivants partagent une caractéristique déjà vue auparavant : on pense rapidement qu'elles parlent de drogue, mais ce n'est pas (directement) le cas. Voyez-vous, au début de Vitalogy, on a Spin The Black Circle, un des morceaux les plus hard du groupe, qui leur a d'ailleurs valu un Grammy pour meilleure performance hard rock. Spin The Black Circle, comme son nom l'indique, est une ode au vinyl, mais écrite à l'aide de métaphores qu'on pourrait retrouver dans un morceau parlant d'héroïne. "See this needle, see my hand... drop, drop dropping it down" ou encore "You're so warm, the ritual, when I lay down your crooked arm". Franchement évident, mais quelques mois après le suicide de Kurt Cobain, on cherchait des indices un peu partout.

Got Some et The Fixer rentrent dans cette catégorie, et on le sait rien qu'en lisant les titres. Gonna See My Friends pourrait peut-être s'y retrouver aussi, d'ailleurs. Mais Got Some est clairement une métaphore "drogue", même si ce que le héros du texte veut offrir est tout autre : il semble offrir l'espoir et l'encouragement. Cependant, le texte est plutôt écrit de manière rythmique, ce qui permet à Vedder d'exceller dans la diction d'un morceau rapide et enlevé, un des meilleurs de l'album. The Fixer pourrait aussi être celui qui apporte la seringue, mais non, c'est celui qui règle les problèmes. Le texte est écrit sous une structure figée, et sans refrain. Le fixer en question pourrait être Vedder lui-même, ou une personnalité hors du commun qui a le pouvoir d'améliorer la vie des gens. Bien sûr, ce pourrait être aussi l'omniprésent Barack Obama. Ici non plus, la mort n'est pas loin : les trois derniers vers sont "I'll dig your grave, we'll dance and sing, what say, could be our last lifetime". J'ai parlé de carpe diem auparavant?

Heureusement, Pearl Jam (et le producteur Brendan O'Brien) ont la bonne idée de varier les plaisirs. Johnny Guitar en est un, de plaisir. Vedder raconte l'histoire, avec un phrasé assez original, d'un amoureux transi qui n'arrivera jamais a conquérir sa belle, car elle est elle-même énamourée du beau Johnny Guitar. Vedder n'a jamais été aussi coquin, lorsqu'il parle d'une chaleur qu'il (le héros) aimerait apercevoir en dessous d'une robe rouge... Interlude de taille dans un album nettement plus chargé que prévu, Johnny Guitar cède sa place au premier des deux morceaux (presque) solo Vedder, Just Breathe.

Clairement inspiré de son travail pour le film Into The Wild, Just Breathe est, selon lui sans aucune honte, sa première vraie chanson d'amour. Ses sentiments sont là ("I'm a lucky man, to count on both hands, the ones I love") mais sont parfois retranscrits de manière décevante ("some folks just have one, others they got none"). Cependant, il est difficile de nier la puissance romantique du morceau, avec un refrain autoflagellant mais rédempteur. La grande faucheuse plane aussi sur Just Breathe, au début ("Yes I understand that every life must end") et à la fin ("Hold me till I die, see you on the other side"). Pas la peine d'enfoncer le clou, si vous êtes toujours en train de lire, vous avez compris.

Mais quand on y pense, Backspacer n'a pas encore parlé de vagues. Amongst The Waves est là pour le rappeler, même si le morceau ne parle pas ouvertement de surf, comme on aurait pu le croire. Vedder ne s'est pas vraiment surpassé sur le début du texte ("reservoir", "undertow", déjà vu), mais réussit forcément à caler une référence "qui tue" ("I can feel like I put away my early grave", carpe machin) tout en mentionnant la théorie de l'évolution. L'amour sauve encore ("if not for love, I would be drowning") mais c'est surtout l'hommage aux grandes gueules qui est touchant : "Gotta say it now, better loud, than too late". Sans doute un des meilleurs jeux de mots écrits par EV. Unthought Known est plus abstrait, mais tourne aussi autour de l'idée de l'amour comme force positive.

Comme Johnny Guitar auparavant, Supersonic est placé pour un peu détendre l'atmosphère. Rapide et simple, le morceau est très positif et continue le thème du carpe diem : "I wanna live my life with the volume full". Mais ce n'est évidemment pas là-dessus qu'on doit s'attendre à quelques fulgurances de Vedder. Le trio de clôture est intéressant à plus d'un titre. Speed of Sound est une réflexion sur le passé (le titre Backspacer en est d'ailleurs une référence directe) mais cette fois, empreinte de négativité : "waiting on a sun that just don't come", "can I forgive what I can't forget and live a lie", "waiting on a word that just don't come". Totalement à l'opposé du positivisme du reste de l'album, Speed of Sound surprend, mais devient nettement plus logique à l'écoute du dernier morceau ; nous y reviendrons. Force of Nature est fidèle a son titre, et voit Vedder aligner une série d'images et de métaphores sur, évidemment, le thème de l'eau. Plus précisément, il compare la femme à un bateau (en anglais, on parle d'un bateau au féminin, "one man stands alone, waiting for her to come home"), attendu patiemment par l'homme (qui lui, est un phare). Il est possible que les images de vents puissants ("gale force shaking windows in the storm") soient liés à des troubles dans une relation. "Somewhere there's a siren singing a song only he hears," la question est de savoir qui est cette sirène... Mais l'homme semble têtu, et toujours amoureux : "Is it so wrong to think that love can keep us safe". Ambigu, et très intéressant dans le contexte de Speed of Sound, et surtout du morceau de clôture, The End.

The End est un morceau à part dans la discographie du groupe, car Vedder semble être le seul membre du groupe à jouer dessus. Pourtant, ce n'est pas son Yesterday, bien que là aussi, on parle d'une histoire d'amour (peut-être la suite de Speed of Sound, voire de Force of Nature) qui finit mal. Comme toujours, il est dangereux de vouloir disséquer un texte à outrance, et celui-ci est assez explicite, je ne m'y attarderai donc pas en détail. Mais c'est peut-être le morceau le plus triste du catalogue du groupe, et il détruit totalement les thèmes d'amour, d'espoir et de vie qui dominaient jusque là Backspacer. On regrettera que Vedder utilise la même image que sur Just Breathe ("I'm just a human being"), mais la fin, poignante, se suffit à elle-même : "My dear, the end is near, I'm here, but not much longer". Et le morceau se termine sur cette dernière syllabe, terriblement accompagnée d'une profonde inspiration. Mort, suicide, départ, je vous laisse juge.

Backspacer est un album obsédé par la mort, et donc par la vie, et la conscience de sa propre mortalité. On pourrait facilement faire de la psychologie du dimanche et, par exemple, dire que Vedder écrit de manière plus réflexive depuis qu'il est (double) père de famille, mais je ne prétends pas suffisamment connaître sa personnalité pour le faire. Il semble clair, après quelques écoutes attentives, que ce n'est pas du tout l'album stupidement optimiste qu'on aurait pu penser, même si le début de l'album abonde dans ce sens. Mais les trois derniers morceaux montrent que Vedder ne peut pas vraiment s'empêcher de broyer du noir, et finalement, tant mieux : c'est lui qui écrit, et il écrit ce qu'il veut. On pourra (et on l'a fait) disserter sans fin sur la qualité de l'album "complet", avec les musiques, mais les textes sont, comme toujours chez Pearl Jam/Vedder, suffisamment riches pour mériter qu'on en parle longuement.