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jeudi 7 janvier 2010

Le deuxième retour de début 2010 (ou pas?) : Hole (2)


Après Soundgarden, c'est une autre ancienne gloire des nineties qui revient sur le devant de la scène, avec concerts et album prévus. Mais attention : contrairement au groupe de Seattle, les circonstances de la "réunion" du groupe de Courtney Love sont légèrement différentes...


Hole, époque Celebrity Skin (Melissa Auf der Maur, Courtney Love, Eric Erlandson)


Courtney Love, est-ce la peine de le préciser, a eu, et a toujours une vie assez troublée. Le dernier album de Hole date de 1998, mais depuis, Courtney n'a sorti qu'un piteux album solo, en 2004. Pourtant, elle a rarement quitté les news de magazines peu réputés, notamment via les rumeurs persistantes de sa participation à la mort de Kurt Cobain ou, plus récemment, ses tweetssans queue ni tête. Plus grave, elle a récemment perdu la garde de sa fille, Frances Bean Cobain, et ne peut légalement plus l'approcher. On dit Courtney ruinée, c'était donc certainement le meilleur moment pour qu'elle revienne faire un peu de musique.

Car on dira ce qu'on veut, Courtney, c'est quand même une putain d'icône rock 'n roll. Les deux premiers albums de Hole étaient incendiaires à un tel point que les critiques misogynes ont forcément vu la patte de Cobain derrière tout cela. Mais comme beaucoup d'autres artistes avant elle, elle s'est perdue, s'est acoquinée avec pas mal de personnes fort douteuses, et maintenant, est devenue une sorte de mauvaise blague. Malheureusement, ce n'est pas cette "reformation" de Hole qui va améliorer sa réputation.

Est-ce à cause de la mauvaise réception de son album solo? Ou parce que "Hole" est plus vendeur que "Courtney Love"? Ou encore simplement une lubie de sa part? Reste que Nobody's Daughter, album annoncé depuis quelques années maintenant sortira bien sous le nom "Hole", comme la tournée l'accompagnant. Eric Erlandson, le guitariste du groupe, s'est opposé à l'idée d'un retour de Hole sans lui, expliquant qu'il possède au moins partiellement les droits du nom, mais Courtney semble s'en foutre pas mal : Hole version 2010 comprendra Courtney Love et trois nouveaux musiciens, les inconnus Stu Fisher et Shawn Dailey ainsi que sa nouvelle égérie, le jeune guitariste anglais Micko Larkin.



Courtney Love et Micko Larkin


Clairement, ça sent la catastrophe, mais quelque chose en moi a vraiment envie que ça fonctionne, j'ai toujours eu un faible pour Courtney Love, que j'ai toujours trouvé touchante, complètement paumée dans un monde qu'elle ne comprend absolument pas (ce qui réciproque). Puis, avec la vie dingue qui a toujours été la sienne, comment rester "normal"? Mais le plus important est que Violet reste un morceau emblématique des 90s, Live Through This un superbe album, et que si Nobody's Daughter est aussi bon, je me ficherai pas mal de qui est dans le groupe. Sans compter qu'en mars sortira le nouvel album de l'ex-bassiste de Hole, Melissa Auf der Maur. Celui-là, au moins, sera probablement excellent.


dimanche 3 janvier 2010

Deux de plus : reformation de Soundgarden et Hole (1)


Le but de ce blog n'a jamais été d'apporter des news, d'autres le font mieux et bien plus rapidement. J'aimerais toutefois apporter un commentaire aux deux nouvelles qui ont fait débuter 2010 sur les chapeaux de roues, à savoir le retour de deux groupes cultes du rock alternatif des 90s, Soundgarden et Hole.

Ce type de nouvelle parle forcément aux gens de la génération qui a grandi au son de tout ce qui sortait de Seattle. J'avoue que Soundgarden était sans doute le groupe que j'aimais le moins du "Big 4" (avec Alice in Chains, Nirvana et Pearl Jam), notamment parce qu'ils ont commencé un peu plus tôt (1984), et comme j'ai pris le train en marche, ils n'ont pas vraiment pu être "mon" groupe. De plus, j'ai souvent eu du mal à apprécier les acrobaties vocales parfois exagérées du frontman Chris Cornell. Soundgarden était toutefois un groupe fantastique, aux influences classic rock/metal/punk, avec un côté Led Zep fortement marqué.


Soundgarden a connu un certain succès commercial, surtout grâce à Black Hole Sun, dont la vidéo surréaliste fit les beaux jours de MTV. Puis, quelques années après, suite à un album flop et les classiques disputes internes (surtout entre Cornell et le guitariste Kim Thayil), Soundgarden est devenu le premier (et seul à ce jour) du Big 4 à se séparer. Thayil et le bassiste Ben Shepherd se sont fait discrets, par contre, le batteur Matt Cameron est devenu membre de Pearl Jam en 1999. Reste le cas Cornell...

On connaissait la propension du gars aux prouesses vocales parfois peu justifiées (dans le genre je fais ma Céline Dion quand je veux), mais il reste un excellent vocaliste et (surtout?) compositeur. Au cours des 10 dernières l'années, l'ami Cornell s'est un peu perdu. Le tout a commencé avec un album solo tiède (Euphoria Morning) puis par un nouveau groupe, Audioslave. L'idée pouvait être intéressante (Cornell + les trois musiciens de Rage Against The Machine) mais la collaboration a vite perdu tout intérêt, au point que pour le second album, ils jouaient autant de reprises (Soundgarden et RATM mais pas seulement) que d'originaux, et pour le troisième, ils n'ont même pas bougé de chez eux.

Un retour prévisible

Cornell s'est barré d'Audioslave avec fracas, a sorti un second album solo embarrassant et un thème de James Bond très oubliable, avant d'avoir l'idée farfelue de se la jouer RnB et de se faire produire par Timbaland. Le résultat, Scream, fut tellement ridicule qu'il n'avait plus qu'une seule option pour relancer sa carrière.

Les rumeurs se sont accentuées, notamment lorsque tout le groupe (sans Cornell) a rejoint un concert organisé par Tom Morello pour jouer trois morceaux de Soundgarden avec Tad Doyle au chant, ou lorsque Cornell a rejoint Pearl Jam pour chanter Hunger Strike (de Temple of the Dog, soit à l'époque deux Soundgarden et trois Pearl Jam), avec la présence backstage des deux autres membres. Officiellement, on ne parlait que d'un album de raretés, voire d'un boxset mais nous avons finalement droit à une véritable réunion.

Pas plus d'info en ce moment, si ce n'est un site internet (www.soundgardenworld.com) qui ne mentionne rien d'autre que la fin du "break" (tiens, il semble me souvenir que la réalité était autre...) du groupe, sans mentionner de plans, mais on sait que les festivals européens sont friands d'anciennes gloires qui reviennent, et ils offrent généralement un paquet de fric qui est, il faut l'accepter, la raison principale de cette vague de comebacks plus fracassants les un que les autres.

Matt Cameron et Pearl Jam

On aura l'occasion de reparler de tout cela. Une grande question demeure : quid de Matt Cameron? Une bonne année après la séparation de Soundgarden, Pearl Jam perd son batteur Jack Irons avant la tournée Yield de 1999. Cameron était évidemment proche du groupe (il était d'ailleurs le batteur de leur toute première démo, celle qui a été envoyée à un surfer de San Diego appelé Eddie Vedder pour qu'il y pose sa voix), et a accepté de faire la tournée.

Ce qui ne devait être qu'un interim s'est transformé en CDI, et Matt Cameron est maintenant membre de Pearl Jam depuis onze ans, ce qui est plus que le total de leurs trois premiers batteurs. Même si l'actualité de Pearl Jam devrait être relativement calme en 2010, ils ont une tournée européenne planifiée à un moment où Soundgarden aurait pu tourner, en plein été. Il n'y a forcément que trois solutions : Cameron quitte Pearl Jam pour rejoindre "son" groupe, et Pearl Jam trouve quelqu'un d'autre, avant ou après la tournée (peu probable, vu la place occupée par Cameron au sein de PJ), Cameron choisit de ne pas participer à la réunion de Soundgarden (aussi peu probable, même si l'annonce officielle de la reformation n'a pas précisé les membres du groupe) ou alors, Cameron trouve un moyen de s'organiser pour gérer les deux. Je pense que cette solution est la bonne : Pearl Jam n'a rien de prévu avant l'été (si ce n'est un concert one-off à New Orleans), ce qui laisse du temps à Cameron pour répéter avec Soundgarden, et après les deux semaines de PJ en Europe, il pourra y retourner.

Qu'en penser?

Cornell n'avait pas vraiment d'autre choix que de réactiver son ancien groupe, de plus, la mode actuelle des reformations des anciennes gloires des années 90 est toujours très lucrative, surtout en Europe. Musicalement, c'est une autre histoire. Cameron est bien ancré chez PJ, Thayil a, quant à lui, travaillé avec Sunn 0))). On sait que la voix de Chris Cornell n'est plus ce qu'elle était, mais soyons un minimum honnête : il est impossible qu'elle n'ait pas changé avec le temps, comme celle d'Eddie Vedder, par exemple. Cependant, il me semble peu probable que la réunion soit un échec, notamment parce qu'ils ont eu le temps de réfléchir du bien fondé de l'opération, et que les musiciens sont assez talentueux pour offrir une bonne performance. Sera-t-elle au niveau de Faith No More, dont les shows de réunion de l'an dernier furent souvent extraordinaires, cela reste à prouver. Mais on le saura dans le courant de cette année, peut-être lors des festivals européens de fin d'été.

Quant à l'éventuel nouvel album, je suis toujours partagé. D'un côté, on a la crainte légitime de sortir un album qui n'est pas du même niveau que les précédents (raison pour laquelle les Pixies, cinq ans après leur retour, n'ont toujours pas de nouveau matériel) mais de l'autre, un retour au but uniquement nostalgique perdrait vite de son intérêt artistique. Alice in Chains a réussi à revenir avec un nouvel album excellent, même si très profondément ancré dans "leur" époque.

Soundgarden en 1997


Mais chaque chose en son temps : maintenant, c'est simplement le moment de se réjouir du retour d'une des icônes des années 90, et/ou se plaindre du fait que tout ça, c'est juste une affaire de pognon.

En parlant de pognon, je vous parle de Hole la prochaine fois...

vendredi 16 octobre 2009

Les paroles de Backspacer (Pearl Jam)


En presque vingt ans de carrière, il semble évident de dire que les paroles de Pearl Jam sont généralement lourdes de sens. Pour ne reprendre qu'un exemple par album, Pearl Jam (principalement son chanteur Eddie Vedder) a évoqué l'inceste (Alive), les armes aux USA (Glorified G), une réflexion sur la mort (Immortality), sur la célébrité et son refus (In My Tree), la théorie de l'évolution (Do The Evolution), la tuerie de l'école de Columbine (Rival), l'avidité de notre société (Green Disease) ou encore les réservistes de l'armée US (Army Reserve). Bien sûr, certains de leurs morceaux sont différents, mais PJ n'est pas connu pour sa légèreté, et cela ne s'est pas arrangé avec le temps : Riot Act était le premier album majeur parlant avec un certain recul du 11-Septembre alors que les morceaux de Pearl Jam avaient souvent un titre qui parlait de lui-même, comme Worldwide Suicide, Life Wasted, Comatose, Severed Hand. Leur nouvel opus, Backspacer, est leur album le plus court et, dit-on, le plus optimiste. Eddie Vedder, qui a écrit l'entièreté des paroles, s'est concentré sur quelques thèmes qui lui sont chers, et qui apparaissent souvent de manière récurrente ici, ce qui n'empêche pas quelques surprises.

Vedder a commencé par raconter des histoires assez glauques, parsemées de malheurs et tristesses en tout genre. On retiendra évidemment la trilogie Mamasan, racontant l'histoire d'un garçon se faisant abuser sexuellement par sa mère (Alive), avant de devenir un tueur (Once) et d'attendre la fin dans le couloir de la mort (Footsteps). Jeremy tente de décrire ce qui est passé par la tête d'un gosse qui s'est suicidé en classe alors que Black est une chanson d'amour contrarié de plus, mais quelle chanson. Au fur et à mesure, Vedder élargira ses horizons, en étant notamment plus personnel (Animal, Rearviewmirror, Blood) ou justement plus général (Indifference, Leash). Il se lancera aussi dans l'engagement politique (Dissident, W.M.A) et attirera l'attention de critiques féministes par son étonnante capacité à se mettre dans la peau du sexe opposé (Daughter, Betterman). Enfin, on ne peut pas parler des textes de Vedder sans évoquer la mer. Surfeur avide, Vedder parsème ses textes de références aux vagues, notamment comme source de changement (Oceans) ou comme motivation (Release).

Le succès immense que connaîtra Pearl Jam va aussi lui inspirer quelques réflexions, la majorité se trouvant sur ce qui est sans doute leur album le plus radical, Vitalogy. On a souvent tendance à tracer une ligne entre cet album et le suivant, No Code. Même s'il n'y a pas vraiment de cassure, No Code marque le moment où Pearl Jam a pris conscience du concept de liberté artistique, et a pu sortir des albums sans trop s'inquiéter de leurs chiffres de vente (le but de cet article n'est pas de se demander si cela a changé ou pas). De même, les textes sont peut-être aussi moins marquants, Vedder ne ressentant peut-être plus le besoin de marquer les esprits. C'est aussi à partir de No Code qu'il laissa ses bandmates écrire quelques textes, parfois avec brio (Rival, Gods Dice, Nothing As It Seems, Inside Job).

Comme évoqué plus tôt, Riot Act et Pearl Jam sont sombres, tout comme les textes de Vedder. Paradoxalement (ou pas?) c'est aussi dans ces deux albums qu'il osa parler d'amour, comme s'il se sentait libéré de certaines contraintes. Etre lui-même amoureux a sans doute aussi aidé. Et comme les premiers pas d'un amoureux, Vedder a parfois pêché par maladresse. Un sujet si grave que la mort de neuf fans pendant un concert (Roskilde 2000) méritait un autre titre que Love Boat Captain, et des métaphores un peu plus légères (un bateau n'a pas de rênes). L'important était toutefois là : l'amour comme force qui guide l'être humain dans la tempête. Ce thème allait devenir récurrent chez Vedder, et empreindre virtuellement chaque morceau de Backspacer. Un autre thème récurrent, lié à l'amour, est celui du carpe diem. Le premier single de Riot Act, I Am Mine, l'explicite très bien : "I know I am born, and I know that I'll die / The in between is mine".

Pearl Jam, dit "Avocado", est aussi assez chargé en thèmes sombres, comme déjà évoqué plus haut. Hélas, ces idées sont parfois évoquées de manière peu subtile, comme sur l'assez lourdaud Come Back. Mais les rayons de soleil viennent surtout de Parachutes ("What a difference had I not found this love with you", de Big Wave (au texte aussi explicite que le titre) ou de Inside Job, dont le texte motivant est écrit par le guitariste Mike McCready, une première pour le groupe.

Ce qui nous amène à Backspacer. Effectivement concis, l'album est une photographie précise de l'état d'esprit actuel du groupe, et donc, bien sûr, de son parolier. Gonna See My Friends introduit le thème principal des textes de Backspacer : la mort. Ou plutôt la conscience de la mortalité. C'est véritablement une obsession : Gonna See My Friends est ponctué de images s'y référant. "I wanna shake this pain before I retire", "won't be long before we all walk off the wire" et surtout "wanna leave it all, wanna give it up, wanna see it, gone once and for all." Faire une interprétation définitive d'une oeuvre artistique est aussi dangereux qu'inutile, mais il n'est pas impossible que le morceau parle de suicide. Mais l'autre face de la même pièce indiquerait plutôt l'envie de faire le plus possible, de saisir sa vie au maximum avant qu'elle se termine. Carpe diem, donc.

Les deux morceaux suivants partagent une caractéristique déjà vue auparavant : on pense rapidement qu'elles parlent de drogue, mais ce n'est pas (directement) le cas. Voyez-vous, au début de Vitalogy, on a Spin The Black Circle, un des morceaux les plus hard du groupe, qui leur a d'ailleurs valu un Grammy pour meilleure performance hard rock. Spin The Black Circle, comme son nom l'indique, est une ode au vinyl, mais écrite à l'aide de métaphores qu'on pourrait retrouver dans un morceau parlant d'héroïne. "See this needle, see my hand... drop, drop dropping it down" ou encore "You're so warm, the ritual, when I lay down your crooked arm". Franchement évident, mais quelques mois après le suicide de Kurt Cobain, on cherchait des indices un peu partout.

Got Some et The Fixer rentrent dans cette catégorie, et on le sait rien qu'en lisant les titres. Gonna See My Friends pourrait peut-être s'y retrouver aussi, d'ailleurs. Mais Got Some est clairement une métaphore "drogue", même si ce que le héros du texte veut offrir est tout autre : il semble offrir l'espoir et l'encouragement. Cependant, le texte est plutôt écrit de manière rythmique, ce qui permet à Vedder d'exceller dans la diction d'un morceau rapide et enlevé, un des meilleurs de l'album. The Fixer pourrait aussi être celui qui apporte la seringue, mais non, c'est celui qui règle les problèmes. Le texte est écrit sous une structure figée, et sans refrain. Le fixer en question pourrait être Vedder lui-même, ou une personnalité hors du commun qui a le pouvoir d'améliorer la vie des gens. Bien sûr, ce pourrait être aussi l'omniprésent Barack Obama. Ici non plus, la mort n'est pas loin : les trois derniers vers sont "I'll dig your grave, we'll dance and sing, what say, could be our last lifetime". J'ai parlé de carpe diem auparavant?

Heureusement, Pearl Jam (et le producteur Brendan O'Brien) ont la bonne idée de varier les plaisirs. Johnny Guitar en est un, de plaisir. Vedder raconte l'histoire, avec un phrasé assez original, d'un amoureux transi qui n'arrivera jamais a conquérir sa belle, car elle est elle-même énamourée du beau Johnny Guitar. Vedder n'a jamais été aussi coquin, lorsqu'il parle d'une chaleur qu'il (le héros) aimerait apercevoir en dessous d'une robe rouge... Interlude de taille dans un album nettement plus chargé que prévu, Johnny Guitar cède sa place au premier des deux morceaux (presque) solo Vedder, Just Breathe.

Clairement inspiré de son travail pour le film Into The Wild, Just Breathe est, selon lui sans aucune honte, sa première vraie chanson d'amour. Ses sentiments sont là ("I'm a lucky man, to count on both hands, the ones I love") mais sont parfois retranscrits de manière décevante ("some folks just have one, others they got none"). Cependant, il est difficile de nier la puissance romantique du morceau, avec un refrain autoflagellant mais rédempteur. La grande faucheuse plane aussi sur Just Breathe, au début ("Yes I understand that every life must end") et à la fin ("Hold me till I die, see you on the other side"). Pas la peine d'enfoncer le clou, si vous êtes toujours en train de lire, vous avez compris.

Mais quand on y pense, Backspacer n'a pas encore parlé de vagues. Amongst The Waves est là pour le rappeler, même si le morceau ne parle pas ouvertement de surf, comme on aurait pu le croire. Vedder ne s'est pas vraiment surpassé sur le début du texte ("reservoir", "undertow", déjà vu), mais réussit forcément à caler une référence "qui tue" ("I can feel like I put away my early grave", carpe machin) tout en mentionnant la théorie de l'évolution. L'amour sauve encore ("if not for love, I would be drowning") mais c'est surtout l'hommage aux grandes gueules qui est touchant : "Gotta say it now, better loud, than too late". Sans doute un des meilleurs jeux de mots écrits par EV. Unthought Known est plus abstrait, mais tourne aussi autour de l'idée de l'amour comme force positive.

Comme Johnny Guitar auparavant, Supersonic est placé pour un peu détendre l'atmosphère. Rapide et simple, le morceau est très positif et continue le thème du carpe diem : "I wanna live my life with the volume full". Mais ce n'est évidemment pas là-dessus qu'on doit s'attendre à quelques fulgurances de Vedder. Le trio de clôture est intéressant à plus d'un titre. Speed of Sound est une réflexion sur le passé (le titre Backspacer en est d'ailleurs une référence directe) mais cette fois, empreinte de négativité : "waiting on a sun that just don't come", "can I forgive what I can't forget and live a lie", "waiting on a word that just don't come". Totalement à l'opposé du positivisme du reste de l'album, Speed of Sound surprend, mais devient nettement plus logique à l'écoute du dernier morceau ; nous y reviendrons. Force of Nature est fidèle a son titre, et voit Vedder aligner une série d'images et de métaphores sur, évidemment, le thème de l'eau. Plus précisément, il compare la femme à un bateau (en anglais, on parle d'un bateau au féminin, "one man stands alone, waiting for her to come home"), attendu patiemment par l'homme (qui lui, est un phare). Il est possible que les images de vents puissants ("gale force shaking windows in the storm") soient liés à des troubles dans une relation. "Somewhere there's a siren singing a song only he hears," la question est de savoir qui est cette sirène... Mais l'homme semble têtu, et toujours amoureux : "Is it so wrong to think that love can keep us safe". Ambigu, et très intéressant dans le contexte de Speed of Sound, et surtout du morceau de clôture, The End.

The End est un morceau à part dans la discographie du groupe, car Vedder semble être le seul membre du groupe à jouer dessus. Pourtant, ce n'est pas son Yesterday, bien que là aussi, on parle d'une histoire d'amour (peut-être la suite de Speed of Sound, voire de Force of Nature) qui finit mal. Comme toujours, il est dangereux de vouloir disséquer un texte à outrance, et celui-ci est assez explicite, je ne m'y attarderai donc pas en détail. Mais c'est peut-être le morceau le plus triste du catalogue du groupe, et il détruit totalement les thèmes d'amour, d'espoir et de vie qui dominaient jusque là Backspacer. On regrettera que Vedder utilise la même image que sur Just Breathe ("I'm just a human being"), mais la fin, poignante, se suffit à elle-même : "My dear, the end is near, I'm here, but not much longer". Et le morceau se termine sur cette dernière syllabe, terriblement accompagnée d'une profonde inspiration. Mort, suicide, départ, je vous laisse juge.

Backspacer est un album obsédé par la mort, et donc par la vie, et la conscience de sa propre mortalité. On pourrait facilement faire de la psychologie du dimanche et, par exemple, dire que Vedder écrit de manière plus réflexive depuis qu'il est (double) père de famille, mais je ne prétends pas suffisamment connaître sa personnalité pour le faire. Il semble clair, après quelques écoutes attentives, que ce n'est pas du tout l'album stupidement optimiste qu'on aurait pu penser, même si le début de l'album abonde dans ce sens. Mais les trois derniers morceaux montrent que Vedder ne peut pas vraiment s'empêcher de broyer du noir, et finalement, tant mieux : c'est lui qui écrit, et il écrit ce qu'il veut. On pourra (et on l'a fait) disserter sans fin sur la qualité de l'album "complet", avec les musiques, mais les textes sont, comme toujours chez Pearl Jam/Vedder, suffisamment riches pour mériter qu'on en parle longuement.

dimanche 5 octobre 2008

La pertinence de la critique rock


Un de mes webzines préférés, Drowned In Sound, a publié un article assez intéressant, écrit par Sean Adams, sur la pertinence des critiques négatives d'albums à notre époque. En gros, l'idée est : vu qu'on peut trouver plus ou moins tout, très rapidement et facilement (autant les albums que les critiques s'y rapportant), est-ce que les critiques négatives servent encore à quelque chose, vu qu'il suffit de préécouter l'album sur myspace ou ailleurs, ou de lire les différentes réactions des auditeurs via forums et commentaires de blogs/webzines. L'idée se défend, évidemment, mais pourquoi ne pas pousser la réflexion un peu plus loin : quelle est, s'il en reste, la pertinence d'une critique d'album rock.

Il fut un temps, et pas si éloigné, où les critiques rock pouvaient faire la pluie et le beau temps, faire et défaire des carrières. Un article dans un magazine ou un journal crédible, et les ventes s'envolent, une critique saignante et le split, ou du moins le renouvellement, n'était pas loin. Dans le petit monde de la presse francophone belge, Le Soir et le Télémoustique étaient sans doute les deux organes les plus crédibles, et dans le cas du second, cela faisait carrément partie de sa réputation.

On le sait, les impératifs commerciaux les ont rattrapés : les rapports étroits entre certains journalistes et les services marketing des maisons de disques ont transformé leurs pages en publireportages pathétiques et mal informés : on se souviendra de l'affaire dEUS, et pour plus de détails, on ira lire le blog de Serge Coosemans, qui manque rarement l'occasion d'arroser ce type de personnes.

Ceci dit, dans une époque pré-internet, ma source préférée d'info rock, c'était les magazines gratuits RifRaf et Mofo, qu'on trouvait chez les disquaires et salles de concerts. L'un a disparu, l'autre a assez dégénéré, mais il reste que ces médias étaient directement les précurseurs des webzines : on pouvait y raconter plus ou moins n'importe quoi, tout en était plus ou moins n'importe qui (je le sais, j'y ai participé ;) ) Tendre souvenir humide, j'achetais parfois des cd avec comme seule base un article publié dedans, je n'écoutais que fort rarement la radio. Alors, oui, évidemment, j'ai parfois été déçu, mais souvent ravi de découvrir de nouvelles choses.

Mais maintenant? Last.fm, Myspace, bientôt un gros module musique sur Facebook : il suffit de passer un minimum de temps online pour pouvoir écouter ce qu'on veut (et pas ce qu'on nous propose), et qui a besoin de lire une opinion extérieure, si on peut carrément écouter le disque? Et je ne mentionnerai qu'à peine la voie illégale, permettant d'outrepasser totalement la phase "j'achète? Ou pas?", la remplaçant par une écoute plus attentive et aisée qu'en magasin, avec une conclusion pouvant être similaire (oui, pas mal de "pirates" finissent par acheter l'album).

Bref, le "pouvoir" donné aux critiques rock est maintenant à la disposition de chacun : même les sacro-saintes "copies promo", quand elles existent encore, se retrouvent sur le net en même temps pour tout le monde. Donc, pourquoi continuer à écrire?

On peut trouver plusieurs raisons, au degré de prétention variable. Je prendrai celle-ci : critique rock, c'est comme artiste, ce n'est pas une profession, mais une passion. Elle ne permet pas de vivre? Mais tant mieux : l'indépendance est à ce prix. Il faut continuer à écrire, continuer à alimenter blogs et webzines, commenter et poster, pas nécessairement pour alimenter la polémique, mais pour donner un choix.

Parce que de toute façon, une critique dans un journal n'a jamais forcé personne à acheter un disque. Mais un article quelque part, n'importe ou, pourra toujours pousser quelqu'un à aller voir plus loin. Avant, c'était le disquaire, maintenant ça sera Deezer, Last.fm, Myspace ou (argh) iTunes. Mais l'important, c'est de donner le choix, y compris le choix d'ouvrir la boîte de Pandore et de se faire insulter en commentaires (ou de faire ça ). C'est dans ce rôle d'initiateur de discussion et de secoueur de conscience que le critique rock peut retrouver sa place. Mais ce n'est plus au bar VIP d'un festival d'été.

vendredi 18 avril 2008

Beaucoup de bruit pour rien, suite et fin


Quel magnifique exemple de manipulation... Alors qu'il y a quelques jours l'opinion générale (et la mienne) était de vilipender le clan dEUS pour pratiques mercantiles inacceptables, les tables ont tourné, et c'est maintenant le journal Le Soir (et en particulier l'inénarrable Thierry Coljon) qui est tourné en ridicule. Après toute une série de cafouillages mineurs, qui a culminé avec cette magnifique affaire du gribouillis-qui-n'est-pas-vraiment-une-signature, on apprend via le site du Morgen (journal néérlandophone a aussi brisé l'embargo) qu'une seconde séance d'interviews, non soumises à ces conditions, est organisée le 18, soit ce vendredi.

Je vais donc arrêter d'évoquer cette stupide histoire, qui aura apporté deux enseignements : d'abord, on pouvait le prévoir, une grande partie de l'industrie du disque n'est composée que de marchands de tapis sans scrupule : ces 25 000€ sont quand même scandaleux en soi. Ensuite, le comportement du journal Le Soir (ou plutôt de sa rédaction incapable de gérer correctement la situation), mons prévisible, est inquiétante, car n'obéissant à aucune logique. Ce n'est pas la première fois qu'un média censé être indépendant et de qualité perd les pédales, et ce ne semble pas être un coup de mou momentané : la tendance perdure.

Et ça, ce n'est pas bon non plus.

lundi 14 avril 2008

Beaucoup de bruit pour pas grand chose : l'”affaire” dEUS vs/& Le Soir


On savait depuis longtemps que Tom Barman avait la grosse tête, mais là on atteint des records. Les médias n'ont pas le droit de révéler la tenue des interviews avec le groupe avant le 15 avril (enfin, Barman, quoi, qui les autres sont n'a plus vraiment d'importance depuis que Trouvé et Carlens sont partis, il y a déjà bien longtemps) sous peine d'une astreinte financière de 25 000€.

C'est le journal Le Soir qui a révélé l'info via son blog Frontstage, en annonçant qu'ils ne parleraient pas du groupe, et juste un peu après la date fatidique. Ils vont même jusqu'à censurer le titre de l'album. Mais un peu plus tard, le même journal change d'avis, et décide de briser l'embargo, au risque de payer cette astreinte. Forcément, l'affaire prend de l'ampleur, certains quotidiens suivent le mouvement (De Morgen) tandis que d'autres refusent (De Standaard).

Qu'en penser? Evidemment, une telle initiative de la part de Barman/dEUS/Universal est inacceptable, et peut clairement mettre en danger la liberté de la presse. Mais ce qui est nettement plus questionnable, c'est le fait que Le Soir annonce un boycott presque total, pour finalement publier l'interview (deux jours avant la date de levée de l'embargo), et donc, contenter tout le monde : ses lecteurs, certes, mais aussi finalement dEUS et Universal. En effet, l'interview est passée, et avec nettement plus de bruit que prévu, ce qui ne devrait pas faire du mal aux chiffres de vente (de l'album et du journal). Et si, en plus, Universal empoche les 25 000€, la situation win-win sera totale. Enfin presque, parce que la crédibilité de certains médias en prend un (nouveau) coup.

La position du Soir manque cruellement – et c'est un comble! - d'honnêteté intellectuelle, alors que le représentant du Télémoustique a, quant à lui, simplement refusé les termes du contrat, et donc l'interview. Même si je n'ai pas souvent été tendres avec eux, je trouve que c'est l'attitude la plus intègre.

Au début de l'histoire, je pensais moi aussi ne pas parler de l'album, mais finalement, ce serait ça, la restriction de la liberté d'expression : ne pas donner son avis sur un disque que je trouve d'ailleurs assez moyen.

Tout cela n'empêchera pas Vantage Point de se vendre, ni à la masse de touristes mal informés d'assister à leur concert de clôture de Rock Werchter 2008, mais, à une époque où certains artistes tentent de trouver une nouvelle direction durable, il est navrant de voir que d'autres considèrent leur public comme des moutons au portefeuille rempli. J'espère qu'il se rendront compte de leur erreur.

Oh, et l'album? Je l'ai écouté “par hasard” (amusant de voir les résultats qu'on peut obtenir en tapant “dEUS + Vantage Point” sur Google), et non seulement on va encore se demander si Barman a abadonné son génie en Espagne en enregistrant The Ideal Crash, mais en plus, ça va se vendre, c'est assez consensuel (pour être poli) pour ça.

Bref, beaucoup de bruit pour pas grand chose, une fois de plus.


Sources et références : le billet original et la justification du changement d'avis (Frontstage), l'assez prétentieux édito de la rédac' chef du Soir, la fort mièvre interview en question et les observations de Serge Coosemans.


Edit : depuis l'écriture de ce billet, un nouvel article a été publié sur le site du Soir. “Il (Thierry Coljon, journaliste) s’exécute dans l’urgence, contraint par le chantage mais en apposant un gribouillis qui n’est ni sa signature ni son paraphe.” Là, on est vraiment dans le ridicule le plus total. Un gribouillis? C'est une blague?


jeudi 1 novembre 2007

Musique, mensonges et petit cochon


Je n'avais pas spécialement l'intention de parler de ce sujet, mais il y a suffisamment de points à remettre sur les i, et la (lol) blogosphère belge n'en a pas spécialement parlé. D'abord, rappel des faits. Le mardi 23 octobre, les Polices britannique et néerlandaise, coordonnées par Interpol, ont invité la presse pour assister à l'arrestation d'un homme de 24 ans, dont le pseudonyme Internet était connu de plusieurs dizaines de milliers d'internautes.

Son crime? Impossible à dire, les autorités sont probablement en train de se concerter pour trouver quelque chose à lui reprocher. Ce qu'il a fait? Participer à la révolution culturelle. OiNK était le créateur du site qui portait son nom, oink.cd (autrefois oink.me.uk). OiNK (le site) était principalement un tracker bittorrent, à savoir (on va faire simple, la question n'est pas technique) une sorte d'index de fichiers qui permettaient de connecter les internautes entre eux pour s'échanger principalement des albums musicaux.

Etait-ce illégal? L'avenir nous le dira, mais, grâce au concept BitTorrent, aucun fichier musical ne se trouvait sur les serveurs conquis par la police néerlandaise, OiNK ne servait que d'interface à la disponibilité des morceaux, comme un simple moteur de recherche, comme on le verra plus tard. Mais même s'il est évident que certaines formes de téléchargement illégal ont effectivement été favorisées par OiNK, la manière dont tout ça s'est passé peut choquer.

D'abord, le tapage médiatique, et les mensonges qui ont suivi. Quelques heures après l'arrestation et les saisies, différents lobbys du disque ont piraté sans vergogne oink.cd, en y installant un message menaçant. Ceci dans l'illégalité la plus totale, et sans aucun respect de la présomption d'innocence. Pire, les communiqués de presse ont été clairement mensongers, on y apprenait, entre autres, que OiNK était un site payant. Même si les donations étaient possibles, elles n'étaient nullement obligatoires et ne fournissaient pas d'avantage en termes de téléchargement. De plus, les règles très strictes en matière de qualité sonore faisaient que les albums disponibles sur OiNK étaient de bien meilleure qualité que, disons, iTunes. On avait donc le choix entre de la bonne qualité gratuite et illégale ou de la mauvaise qualité (bit rate et DRM), chère mais légale.

C'était une évidente manipulation de la part de l'industrie du disque qui, encore plus dépassée par les événements que d'habitude, a tenté de faire peur au public et de diaboliser les terroristes de la souris. Malheureusement pour elle, les choses ne se sont pas trop bien passées.

On le sait : on ferme un site, deux s'ouvrent quelques minutes plus tard. Il était donc évident que des alternatives allaient se mettre sur pied, dont une chapeautée par The Pirate Bay, tracker suédois bien connu pour être littéralement intouchable. Même si ces sites n'ont pas encore l'ampleur d'OiNK (180 000 membres, quand même), ils démontrent ce que TorrentFreak appelle l'hydre: on coupe une tête, mais l'animal survit, plus fort encore. Évidemment, ces sites pourraient peut-être aussi subir l'ire des autorités, mais qui se fatiguera le premier?

Mais ce n'est pas le plus important. Au sein même de l'industrie, des voix dissonantes se font entendre. Pas spécialement pour défendre le vol, mais le concept même de modification de la distribution de la culture et de l'art. Le premier a été Rob Sheridan, graphiste professionnel, qui a analysé la question dans un long article, résumé et traduit ici. Le titre est évocateur : When Pigs Fly: The Death of Oink, the Dirth of Dissent, and a Brief History of Record Industry Suicide. Sans trop de surprise, c'est Trent Reznor qui a jeté un pavé dans la mare. Défenseur de la gratuité de l'artéfact culturel, il a encouragé ses fans à voler son dernier album, et a même diffusé ses propres dvd via bittorrent. Non seulement Reznor a défendu OiNK, mais il a carrément avoué en faire partie.

Il est temps que les quatre majors se rendent compte que l'exploitation du public touche à sa fin. Cette fin d'année 2007 est la plus importante dans ce domaine : on a vu la fin annoncée de la DRM, des alternatives supérieures à iTunes, la bombe Radiohead, et maintenant, cette tentative pathétique de discrédit. Ce n'est pas par la terreur qu'on vendra plus de disques. Par contre, essayer de prendre les gens un peu moins pour des cons, ça pourrait marcher. Le futur s'annonce rayonnant.

En guise de conclusion, et en parlant de futur rayonnant. Nos amis de la SABAM, qui dans le genre prendre les gens pour des cons sont assez forts, avaient demandé que les fournisseurs d'accès internet bloquent le téléchargement illégal, ce qui, en gros, est aussi facile que d'aller à la plage et de retirer tous les coquillages à lignes jaunes et blanches. C'est bien de vouloir faire respecter la loi, mais ça serait encore mieux de balayer devant sa porte, de blanchir moins d'argent et de faire moins de faux. Mais je serai magnanime, et je leur laisserai la présomption d'innocence, tout en gardant un sourire en coin.

mercredi 13 juin 2007

Rock Werchter 2007 Preview


Werchter, le symbole de tout ce qui va mal en musique aujourd'hui. Ok, j'exagère (à peine) mais quand même : c'est quand même le festival majeur européen le plus cher quantitativement, vu qu'il n'y a que deux scènes. Qui plus est, les artistes y jouent simultanément, ce qui est quand même extrêmement stupide, comme concept. Et je ne m'attarderai même pas sur le conflit d'intêret manifeste qu'est le fait que l'organisateur de Rock Werchter est le boss de Live Nation Belgique (ou plutôt België, je suppose), le plus gros organisateur de concerts du pays (et du monde, dans sa version multinationale). On fiche des gens en prison pour moins que ça, à Charleroi.

Mais bon, du point du vue du festivalier (après avoir raqué 20€ de plus pour le camping, évidemment), Rock Werchter n'est pas pire qu'un autre festival. L'absence de zones d'ombre et d'endroit couvert, la bouffe gastro-entérisante et la bière chaude ne sont pas l'apanage de l'ex-Torhout-Werchter, qui ne va d'ailleurs pas tarder à perdre son "Rock". Et puis, l'affiche est évidemment alléchante, du moins quand on sait connecter ses neurones. Et c'est d'ailleurs ce qu'on va faire, un itinéraire très subjectif d'une scène à l'autre, durant ces quatre jours. N'oubliez quand même pas d'arriver suffisamment tôt pour ne pas attendre douze heures pour vos tickets bouffe et boisson, je vous aurai prévenu. C'est parti, et référez-vous au programme officiel pour plus de précisions sur les horaires.


Jeudi 28 juin

Ok, je vous ai dit d'arriver assez tôt, mais les portes n'ouvrent qu'à 14h30, et le début de l'affiche pousserait plutôt à tranquillement se reposer dans la tente (si vous êtes chanceux), essayer de la monter (si vous l'êtes moins) voire faire la première d'une des nombreuses files (ben oui, fallait prévoir). Si vous êtes disponibles, allez dire bonjour à Rufus Wainwright, qui doit probablement se demander ce qu'il fait là.
Ensuite, My Chemical Romance recevra, pendant une heure, vos gobelets de pisse chaude. Les bouteilles en verre sont plus dangereuses, mais ils pourraient peut-être partir plus vite, et se la jouer encore plus emo. On imagine : "I'm not okaaaayyyy". Si c'est le cas, allez voir Air sous la tente, histoire de faire un petit dodo. Pas la peine d'attendre Sexy Boy, vu qu'on aura Muse plus tard (comparez la ligne de basse de Plug-In Baby...).

Retour sur la main stage avec ce brave Brian Warner et son groupe de comiques déguisés : Marilyn Manson amènera son nouvel album semi-décent, et au moins sera divertissant, à défaut de chanter juste. Par contre, l'anus en gros plan, c'était il y a cinq ans. Merci d'aller assassiner Mika, tant que vous êtes sur place, au nom de la dignité humaine. Puis arrive la première mégaconnerie de l'organisation. Suivi de la seconde.

1) Qui a eu l'idée abrutie de faire jouer les Beastie Boys dans la marquee? Elle sera pleine à craquer deux heures avant. 2) Et les programmer en même temps que Björk? Allez, sans rire? Choisissez qui vous voulez, en sachant que les B-Boys sont excellents sur scène, et qu'un show de Björk est toujours spectaculaire.

Ensuite, le choix est plus simple : après 223 apparitions, Muse gagne enfin le droit d'apparaître en tête d'affiche, et même si les deux derniers albums n'arrivent pas à la cheville du stupéfiant Origin of Symmetry, leur show est extraordinaire de grandeur kitsch. Matt Bellamy, quoi qu'on en dise, est un showman hors pair doublé d'un guitariste virtuose. Mais on les verra de loin, sauf si on veut supporter les cohortes de filles de quinze ans facilement impressionnées. Y a un dj de l'autre côté, mais on s'en fout et on rentre dormir, parce que le lendemain c'est *le* jour.


Vendredi 29 juin

Je n'ai plus été à Werchter depuis quelques années (première année du retour des Pixies), et je m'étais dit que je n'y retournerais que pour voir quelque chose d'exceptionnel, et pour moi, ce sera Pearl Jam, le seul groupe pour qui je pourrais me déplacer plus qu'une fois par tournée (quatre cette année, j'y reviendrai). Mais ce n'est que la cerise sur un gâteau bien rempli, et une journée vraiment rock à une époque où le genre fait défaut à Werchter.

Là aussi, il faut faire des choix, et les laissés pour compte seront la sympathique Lily Allen et Satellite Party, nouveau groupe de Perry Farrell. Tant pis, mais la compétition est trop rude. Selon l'heure d'arrivée, qui dépend évidemment du nombre d'hollandais bourrés qui auront pris votre tente pour un gerboir (au mieux) ou un lit (au pire), on pourra jeter un coup d'oeil sur Enter Shikari, représentant anglais d'un nintendocore peu inventif, n'est pas HORSE The Band qui veut. Mais après, plus d'excuses : une heure de Kings of Leon, dont le dernier album est une merveille de rock intemporel. Il ne sont pas connus pour leur fabuleuse présence scénique, certes, mais c'est immanquable quand même.

Nettement plus que Kaiser Chiefs, dont les vulgaires hits faciles passeront mieux au bar, qui sera sans doute déserté : win-win situation. Ensuite, après la bonne humeur des gros anglais, on rigolera nettement moins avec Bloc Party. Au mieux, c'est Radiohead en 97, au pire, on va voir Lily à côté. Mais après, on se cale, et on attend l'énième passage de Queens Of The Stone Age, avec un line-up encore différent. Mais Josh Homme et sa carrure de bûcheron savent assurer : ils ne déçoivent jamais. Ensuite, Arctic Monkeys, étonnamment calés très haut sur l'affiche, mais cela est amplement mérité : les morceaux époustouflants de leurs deux albums vont littéralement écraser tout sur leur passage. Un conseil : observez bien le batteur : 21 ans et 4 bras. Seul risque : la fatigue d'une longue tournée.

Risque qui ne se produira pas avec la tête d'affiche du jour, même si c'est la dernière date de leur tournée européenne. Pearl Jam est le meilleur groupe que vous pourrez voir, sans exception, ici ou ailleurs. Je n'ai rien à ajouter, si ce n'est que le concert sera doublement exceptionnel, vu qu'il s'agira sans doute de leur dernière date européenne avant quelques années. Et ils ne joueront jamais 1h30 comme prévu.

À partir de là, les deux jours suivants sont plus mitigés, surtout l'étrange samedi.


Samedi 31 juin

Alias la journée du grand n'importe quoi. Pas la peine de faire un horaire détaillé : ceux qui vont voir The Killers, Keane ou Snow Patrol n'ont définitivement pas besoin de mes conseils, ou des conseils de qui que ce soit d'ailleurs. On sortira du lot sur la main stage : euh, personne, sauf les Chemical Brothers, mais ils peuvent être très chiants parfois. La marquee est mieux : Klaxons est un des phénomènes de 2007, et les voir live doit être assez intéressant, même si le potentiel foireux est là. Le must total reste The Good The Bad And The Queen, dernier - et excellent - projet de Damon Albarn. L'album est fantastique, et les musiciens (Tony Allen, Paul Simonon et Simon Tong) sont suffisamment expérimentés pour savoir ce qu'ils font. Le seul groupe que j'aurais voulu voir, hors du vendredi.


Dimanche 1 juillet

Comme chaque année, ou presque, on aura Metallica. Attendez-vous à plein de t-shirts avec des têtes de morts et des gros bourrins qui hurlent Metallicaaaaaaaaaa quand on leur demande si oui on non ils vont pisser parce que nous on a la vessie qui va exploser. En attendant, on aura quelques trucs sympas à se mettre sous la dent, comme les frappadingues de Mastodon (qui n'ont délicieusement rien à faire là), la pop sophistiquée de Maximo Park, l'évolution "intéressante" d'Incubus, la joie de vivre d'Interpol, les sautes d'humeurs de Tori Amos ou encore Frank Black (ou Black Francis?), accompagné pour l'occasion de Joey Santiago. Et il joue en même temps qu'Incubus...

Metallica, donc. Le type même de groupe (je vais me faire déchirer par mail) à voir une fois, parce que, hein, c'est METALLICAAAAAAA mais peut-être pas plus, parce que les morceaux sont souvent rigoureusement identiques aux versions studio, et je n'ai jamais compris l'intêret de jouer Master of Puppets (fabuleux morceau et album, je ne dirai jamais le contraire) 15481 fois, et shredder le même solo, à la note près. Mais je le répète, je suis fan de Pearl Jam, donc je suppose que je ne peux pas comprendre.

Ceci dit, entendre 50 000 personnes scander en même temps DIE DIE DIE pendant Creeping Death (et rêver qu'on est Place de la Concorde, Paris, un soir d'élection), ça vaudra toujours le déplacement. Avec un peu de bol (beaucoup, en fait), les nouveaux morceaux seront décents, et pendant Nothing Else Matters quelqu'un fera peut-être tomber son GSM flambant neuf, à force de l'agiter. 160€ pour un ticket, mais un GSM neuf ça compense. Et si METALLICAAAAAA vous emmerde, y a un groupe de reprises de Pink Floyd sous la marquee. Pas compris non plus, mais bon. Meilleur, et dernier, conseil : cassez-vous. Pour deux raisons : d'abord, les embouteillages monstrueux, ensuite, pire, bien pire : Faithless.


Conclusion

Rock Werchter, de moins en moins rock comme on l'a vu, est un grand supermarché : on trouve de tout, facilement accessible, et on peut consommer sans trop réfléchir. Il est regrettable que des artistes de niveau fort douteux prennent la place d'autres nettement plus recommendables, et il est encore plus dommage de voir que d'autres festivals en Belgique se Werchterisent : Graspop de plus en plus généraliste (j'aime bien Chris Cornell, mais quand même) et Pukkelpop de moins en moins inspiré (ils n'ont plus que les restes du festin). Werchter, quant à lui, mériterait qu'on le boycotte, plutôt deux fois qu'une, et qu'on pirate tous les artistes qui s'y produisent. Mais une de ces deux actions est plus facile à faire : on sait que si on ne va pas à Werchter, on ne reverra pas ces groupes chez nous cette année. C'est le jeu, auquel le spectateur-payeur ne peut pas participer.

mercredi 6 juin 2007

Et après, on s'étonne...


Que le journalisme rock en Belgique soit dans un état déplorable. D'abord, jetons un coup d'oeil sur un article trouvé sur le site de la Dernière Heure/Les Sports, et consacré au concert des Rolling Stones, hier à Werchter.

Je sais, je tire sur une cible tellement grosse que même un Diable Rouge n'arriverait pas à la rater. La Dernière Heure/Les Sports, misérable torchon, ne vaut que par ses pages sportives, ou du moins c'est ce qu'on me dit. Le reste est politiquement très nauséabond, éthiquement douteux et culturellement pathétique. Il reste que ce quotidien est un des plus lus en Belgique francophone (un demi-million de personnes le lisent chaque jour). Alors pourquoi considérer ces gens comme des imbéciles illettrés? Pourquoi ne pas engager quelqu'un qui sait écrire, et qui sait de quoi il parle? Parce que, même s'il a peut-etre d'autres qualités, l'auteur de l'article en question (Basile Vellut), ne semble pas savoir comment rédiger un article (les erreurs de mises en pages peuvent etre imputées au correcteur, mais la forme de l'article, les tournures de phrases et l'habituelle pique politico-linguistique, totalement hors de propos ici laisse clairement à désirer), ce qui ne serait encore qu'un moindre mal s'il connaissait un tant soit peu son sujet, ce qui n'est pas le cas, vu les erreurs factuelles présentes. Même le setlist n'est pas correct DU TOUT.

Alors, oui, évidemment, c'est facile de critiquer un type qui écrit pour la DH. Mais la culture et l'art ont tellement peu l'occasion de nous via les médias traditionnels qu'il est vraiment regrettable d'avoir l'opportunité de faire quelque chose de bien, et se planter complètement. Si c'est pour torcher de telles conneries, la DH devrait sans doute se cantonner aux pédophiles et à la balle pelote. Suis-je simplement jaloux et frustré, de n'être qu'un webrédacteur bénévole? Sans doute en partie, mais il semble évident que nombre de chroniqueurs culturels de la sphère internet (dont moi, pas de fausse modestie, surtout que dans ce cas précis, la concurrence est insignifiante) mériteraient la place scandaleusement squattée par Basile Vellut, qui, en fin de compte, ne fait sans doute que ce qu'on lui dit de faire : après tout, on me demanderait d'abattre une vache à Anderlecht, j'aurais moi aussi l'air très con.

Mais le pire dans tout cela, c'est que les autres médias écrits principaux tombent dans d'autres travers, ceux du mercantilisme. Comment prendre au sérieux des articles du Télémoustique, quand on sait que ce magazine n'observe virtuellement aucune indépendance éditoriale? On croirait parfois parcourir les communiqués de presse d'Universal. Comment ne pas sourire à la lecture de certains articles du Soir, qui, même si les connaissances de leurs journalistes (parce que là, il s'agit quand meme de véritables journalistes) sont indéniables, semblent la plupart du temps en décalage avec la réalité actuelle.

On ne commencera meme pas à parler de la tv et de la radio, parce que là, le ridicule est atteint. Mes anecdotes personnelles sur un projet musical, à l'époque où je travaillais chez Be tv (ex-Canal+) valent leur pesant de cacahuètes, j'y reviendrai peut-etre un jour.

Le secteur rock de la presse écrite belge, du moins sa forme traditionnelle, ne vaut donc pas grand chose, et encore moins à l'époque des blogs. Évidemment, on trouve à boire et à manger dans ces derniers, mais tout le monde finit par trouver son compte, sans se voir imposer de maniere dogmatique des mauvais articles écrits par des scribouillards de pages des chiens écrasés.

Est-ce mieux à l'étranger? Il y a déjà nettement plus de publications, mais pour des raisons commerciales évidentes, le marché étant bien trop restreint chez nous. Mais quand on se rend compte quand Voici, pourtant pas vraiment un hebdo de grande classe, et dont le lectorat ne doit pas foncièrement être fan d'Aphex Twin, que les critiques musicales sont de grande qualité, on est en droit de se poser des questions. Si Voici le peut, pourquoi pas la DH?

Que les choses soient claires : il est évident que mon type d'écriture, sans contrainte commerciale ou structurelle est une liberté immense, que n'ont pas les rédacteurs professionnels. De même, je n'ai pas de diplôme en journalisme en poche (je suppose que ce Basile Vellut non plus), juste une autre licence universitaire. Mais quand on parle de rock, quand on écrit sur le rock, il faut le vivre. Sinon, on se tait.

samedi 12 mai 2007

Le manifeste


Non, je ne crée pas autant de blogs que Mike Patton a de projets. C'est juste qu'après trois ans et demi de Music Box et neuf mois de RetroMusicBox, après des articles publiés dans RifRaf, et plus récemment sur Pinkushion, et quelques jours avant l'ouverture d'un nouveau webzine musical belge (on en reparlera), j'ai eu envie de créer une plateforme plus libre, sans toutefois délaisser les autres.

En effet, le format que j'ai imposé aux deux blogs est limité par nature au format chronique, et parfois, j'ai envie de sortir de ce schéma, pour parler (un peu) de tout et (beaucoup) de rien.

Voici donc Music Box Off, autrement dit tout ce qu'il y a côté de mes deux boîtes musicales.

Quel en sera le contenu? il n'y a pas de limites, on verra ce que j'aurai envie d'écrire... Mais j'ai déjà écrit un long article sur Rock Werchter, qui sera publié un peu plus tard, plus proche de la date du festival.

Enfin, ce blog sera moins régulièrement mis à jour que les autres, ce qui ne veut pas nécessairement dire moins souvent.

Voilà