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dimanche 8 août 2010

Queens of the Stone Age - Rated R (Deluxe Edition)


Queens of the Stone Age n'est plus vraiment le même groupe aujourd'hui par rapport à Rated R, leur second album et celui qui les aura lancé dans le mainstream. A l'époque, Josh Homme était toujours connu comme ancien guitariste des légendes stoner Kyuss, et avait sorti un premier album discret mais remarqué. Pour Rated R, il s'est adjoint les services de Nick Oliveri, qui aura aussi servi quelque temps chez Kyuss avant de se faire virer. Leurs concerts étaient épiques, surtout quand Oliveri oubliait ses vêtements, et se servait d'une basse très... basse comme extension d'une virilité qui lui jouera des mauvais tours dans le futur.

Dix ans après, Josh Homme est le seul membre restant dans le groupe. Oliveri se sera fait une nouvelle fois virer, quelques batteurs se seront succédés (dont Dave Grohl) et Queens of The Stone Age, qui aura sorti trois albums depuis, n'est plus finalement que le projet solo de Josh Homme, ce qu'il aura peut-être finalement toujours été. Enfin, il faut aussi mentionner que Homme a multiplié les projets parallèles, comme Eagles of Death Metal, la production du dernier Arctic Monkeys ou plus récemment Them Crooked Vultures, avec Grohl et John Paul Jones.


Rated R
 est un album fantastique, et effectivement extraordinaire. Il réussit à montrer le talent de compositeur et de musicien de Homme par des morceaux toujours excellents, qui ne vont jamais où on les attend, et d'une variété étonnante. Un hilarant critique de l'époque avait parlé de Rated R comme un album de heavy metal "léger", ce qui est aussi ridicule que sémantiquement discutable. Rated R est un album metal, sans doute, mais d'un metal qui n'avait pas encore de prédecesseur, un metal qui n'en fait qu'à sa tête, et qui n'a pas peur d'envoyer des refrains bizarres (Monsters in the Parasol), des mélodies pop (The Lost Art of Keeping a Secret), des harmonies vocales (oui, c'est Mark Lanegan) ou encore le morceau politiquement totalement incorrect Feel Good Hit of the Summer, avec choeurs de Rob Halford - assez metal pour vous?


Alors qu'on s'est peut-être trop concentré sur l'album suivant, Songs for the Deaf, comme album ultime du groupe (choisir, c'est mourir un peu), Rated R est le plus varié, peut-être effectivement le plus léger, mais c'est sans tenir compte de Quick and to the Pointless, ou le vraiment cinglé I Think I Lost My Headache, et ses trois minutes finales à la trompette. Too much, évidemment, mais Rated R est tellement révolutionnaire qu'on peut tout leur passer.


La ressortie remasterise très bien l'album original, lui conférant un son clair et extrêmement précis, et ajoute un second cd de faces B, dont l'excellemment violent Ode to Clarissa et la reprise marrant du You're So Vain de Carly Simon (les fans de Nine Inch Nails doivent connaître) et un concert du Reading Festival, où un Josh Homme probablement pas à jeun préface les quatre premiers morceaux par "This is a song for you". Le concert, et le disque se termine avec une version basique du morceau des Desert Sessions "Millionaire", qui ouvrira quelques temps après Songs for the Deaf.


Après avoir parcouru le monde avec sa bande de vautours tordus, Homme a remonté Queens of the Stone Age le temps de quelques concerts en août, et, espérons-le, un nouvel album. Josh Homme et Queens of The Stone Age occupent un très important chapitre dans l'histoire du rock contemporain, chapitre qui continue à s'écrire. Rated R est un des morceaux de choix, et un album immanquable, qui n'a pas encore livré tous ses secrets.

Blip.fm : Better Living Through Chemistry, Feel Good Hit of the Summer
Spotify : Rated R (Deluxe Edition)

lundi 19 avril 2010

Blur - Fool's Day



Pour une surprise, c'était une surprise. Aux dernières nouvelles, Blur était de nouveau en pause, sans projet à venir. Leur petite tournée estivale, suite à une reformation très attendue, fut énorme : deux Hyde Park remplis, un Glasto triomphant, deux albums live et une compile qui leur faisait enfin honneur. Néanmoins, les quatre membres ne semblaient pas vouloir donner suite à l'aventure, ayant tous d'autres activités : Damon Albarn et Graham Coxon sont toujours dans la musique, Alex James, lui, fait du fromage tandis que Dave Rowntree est devenu avocat et politicien.

L'annonce de Parlophone, en début de semaine dernière, venait donc vraiment de nulle part. À l'occasion du Record Store Day (samedi 17 avril), journée de promotion des disquaires indépendants, le label de Blur édite un vinyl simple face, avec rien de moins que le premier nouveau morceau de Blur depuis 2003 et le premier single avec le guitariste d'origine Graham Coxon depuis 1999. Le vinyl est sorti en édition limitée (1000 exemplaires), ce qui a forcément créé une frénésie quelques heures avant l'ouverture des magasins, et une fameuse activité sur eBay également. C'est pour cela que le groupe a décidé de mettre le morceau à disposition, gratuitement, sur le site officiel du groupe, et en format .wav, s'il vous plaît. Tout le monde peut donc écouter le premier morceau du Blur original depuis plus de dix ans.

Fool's Day commence par un beat sec de Dave Rowntree et une boucle de guitare acoustique. La voix de Damon Albarn arrive quelques mesures plus tard, et on peut déjà en tirer deux conclusions : Albarn a adopté un ton de voix proche de The Good The Bad and The Queen, tout en accentuations londoniennes et il retourne enfin (pour Blur) à un de ses thèmes de prédilection, l'observation et la description de la vie de tous les jours, en l'occurrence la sienne.

On comprend vite le sujet du morceau et son titre : il raconte simplement la journée de Damon Albarn, le 1er avril 2010, jour où il va enregistrer un morceau qui s'appelle... Fool's Day. On suit Damon au réveil (il a rêvé d'un accident d'avion), il allume (forcément) la tv, se sert un café : "another day on this little island". Tout cela est typiquement Blur, certes, mais un vieux Blur, celui de Parklife, qu'on pensait oublié suite aux expériences de Blur, 13 et Think Tank. Musicalement, le premier couplet est assez minimaliste : le beat, la basse ronflante de James, quelques accords secs de Coxon et parfois, une couche de claviers.

Le second couplet nous plonge totalement dans l'anglophilie d'Albarn : il mange du porridge, il emmène sa fille à l'école en passant à côté de Woolworths. Prend le métro, jette un oeil au Westway (l'autoroute, rendue notamment célèbre par Clash), mais c'est en vélo que Damon se rend au boulot, en passant par Ladbroke Grove (où se trouve les locaux de son label world Honest Jon's). Et ce sont ces quatre vers qui seront probablement disséqués par des critiques et fans en quête d'indice sur la prolongation de l'activité de Blur.

Albarn se rend donc en studio, où se passent quelques "forthcoming dramas", qui n'ont que peu d'importance, car ils sont là "for the love of all sweet music." Albarn achève : "we just can't let go". Si ce n'est pas un message définitif sur le fait que Blur ne peut simplement pas, plus, s'arrêter d'exister, alors, je ne sais pas ce que c'est.

Après ce "let go" répété, la guitare de Coxon prend une allure étonnante, qui rappelle carrément les débuts baggy du groupe et l'album Leisure, avec évidemment des années d'expérience en plus. Albarn commence son dernier couplet, qui est nettement plus généraliste : on ne parle plus que de la vie rangée londonienne d'Albarn, mais aussi, par la même occasion, de la condition existentielle occidentale passée sous le tamis du socialisme cher à Albarn : "so meditate on what we've all become", "civil war is what we all were born into, raise your left hand, right, sing", "don't capitulate to the forces of the market place", et, le plus important de tous : "consolidate the love we've had together". Après un dernier rappel du thème ("a cold day in springtime"), les guitares de Coxon peuvent se lâcher : sous un fond d'orgue carnavalesque, d'accords répétés et de feedback, le motif à la Leisure se répète pendant une bonne minute, devenant facilement une de ses récentes performances les plus mémorables.

Trois minutes vingt-sept secondes, pas de refrain, une mélodie simple, une performance fantastique de Coxon et un morceau très riche : pas de doute, c'est Blur, et il ne faut absolument pas qu'ils en restent là.

vendredi 9 octobre 2009

The Beatles - Past Masters Vol. 1


Histoire de terminer ce qu'on a souvent tendant à appeler la première moitié de la carrière des Beatles, j'ai choisi de couper en deux le double Past Masters, qui était d'ailleurs disponible pré-remaster en deux volumes. Le concept Past Masters est simple : ce sont tous les morceaux des Beatles sortis en face B de single, ou en EP, mais pas en album. Ils ont été compilés pour la sortie cd de 1988, et sont donc évidemment remastérisés ici. Comme toute compilation de face B, on retrouve du dispensable, mais comme, à l'époque, les singles (45 tours) se retrouvaient rarement sur album, on a des très gros morceaux de choix.

Love Me Do commence la compilation, une version différente avec Ringo Starr derrière les fûts, et une basse plus puissante. Cette version est nettement plus dynamique que celle du premier album, dès leur premier single, les Beatles ont réussi à faire ce que personne n'avait fait avant eux. From Me To You, sympathique, leur offre leur tout premier numéro 1, mais montre clairement les limites du remaster stéréo : les voix ne sont audibles que du côté droit, ce qui donne une impression vraiment dérangeante. Comme c'est généralement le cas pour les premiers albums (au moins les quatre premiers), on préférera les monos, tout en regrettant qu'ils ne soient disponibles que dans un boxset très limité et assez cher.


Les deux morceaux de bravoure de l'album sont She Loves You et I Wanna Hold Your Hand, deux popsongs inouïes de perfection sonore. Les "yeah yeah yeah" de She Loves You auront probablement toujours une implication dans les chansons pop de l'année 2115, et le rythme imprimé par le duo McCartney/Starr est toujours impressionnant aujourd'hui. Ces deux extraits exceptionnels sont aussi repris en allemand, ce qui fait sourire une fois ou deux. Le reste de l'album n'est pas désagréable, bien sûr, mais n'arrive plus à ce niveau, même si le riff dantesque (et les expériences de feedback) de I Feel Fine et le rock n roll pied au plancher de I'm Down s'y rapprochent. Forcément indispensable, cette demi-compile clôture donc une époque, même si la transition avec
Rubber Soul pouvait déjà se faire sentir.

mercredi 30 septembre 2009

The Beatles - Help!



La Beatlemania ne semblant jamais se terminer, les financiers derrière le Fab Four continuent à traire la vache à lait le plus possible. Help! est en effet la bande originale d'un nouveau film avec nos quatre garçons dans le vent comme héros. Une fois de plus, ce qui nous intéresse, c'est la musique, et quelle musique. Si les quatre premiers albums ne sont qu'un apéritif pour ce qu'il allait arriver, Help! est le point culminant des préliminaires (oui, les doubles métaphores dans une seule phrase, c'est lourd, je les laisse pour l'exemple ;-) ). Nous sommes quelques mois avant le moment qui verra le groupe passer de popact aux qualités indéniables à groupe le plus important de tous les temps. Help! sera postérieurement reconnu comme plaque tournante entre les deux niveaux.

Des Beatles-groupe rock 'n roll propret, on ne retiendra ici que les fillers (enfin, façon de parler) The Night Before, Another Girl et Tell Me What You See ou encore l'obligatoire morceau lourdingue chanté par Ringo Starr (Act Naturally). De même, on retiendra les qualités de It's Only Love et I've Just Seen a Face, qui change de rythme de manière totalement inattendue, un des premiers exmeples d'une technique qui sera souvent utilisée dans le futur. Le reste est phénoménal. Help!, le morceau titre, est la pop song parfaite, si ce n'est pour les paroles : Lennon appelle clairement à l'aide, déjà troublé par la célébrité et tout ce qui l'entoure. Il le restera pour les quinze années à venir. Le rythme est frénétique, et ouvre la voie au rock 2.0 : Ticket To Ride.

Lennon avait fièrement remarqué que Ticket To Ride était la première chanson heavy metal, et il n'a peut-être pas tort. La batterie de Ringo est proprement ahurissante, tout comme la basse drone de MCCartney. Macca qui se paie le luxe de jouer de la lead guitar, et quelle guitare. Ticket To Ride est un des plus grands morceaux de l'histoire du rock 'n roll, et un des plus importants. 44 ans après, et aussi cliché que cela puisse être, il n'a pas pris une ride. Ailleurs, Lennon continue à tirer son inspiration de Bob Dylan, et le magnifie : You've Got To Hide Your Love Away reste un classique éternel. Et tant qu'on parle de classique éternel...

Plus de trois mille versions connues, Yesterday est la chanson la plus reprise de tous les temps. La légende raconte que Paul McCartney a composé toute la mélodie dans un rêve, s'est rapidement levé pour l'enregistrer, avant de se lever le lendemain totalement paniqué : et s'il avait plagié un autre morceau sans s'en rendre compte? Il a bien du se rendre à l'évidence : non, Yesterday est à lui. Tellement à lui qu'il est le seul Beatle présent sur l'enregistrement, accompagné d'un quatuor à cordes. Inutile d'en parler davantage, Yesterday et ses deux parties emmêlées est un morceau simplement magnifique de retenue et de lyrisme, qui mérite, lui, d'être dans le top 3 des morceaux des Beatles les plus connus (je suis nettement plus sceptique par rapport à Let It Be et Hey Jude, mais on y reviendra).

Aussi superbe est-il, Yesterday marque la fin d'une époque. Les connaissances bien inspirées du groupe vont bientôt leur faire connaître les joies de certaines substances récréatives, alors qu'ils vont prendre un contrôle de plus en plus complet de leur création artistique (parce que mettre Dizzy Miss Lizzy juste après Yesterday, c'est lourd). C'est ainsi que le prochain album, Rubber Soul, entame la quintette des albums extraterrestres, qui devraient sans doute se trouver dans n'importe quel top 10, si on ne trouvait pas que 5 sur 10, c'est quand même un peu beaucoup. Mais avant Rubber Soul, je clôturerai cette page avec le premier disque de Past Masters, compilation des faces B et morceaux hors album.

vendredi 25 septembre 2009

The Beatles - Beatles For Sale


A notre époque, deux ans entre deux albums, ce n'est pas bien long, un intervalle moyen. Mais dans les années 60, il fallait sortir quelque chose tous les deux mois, parfois au détriment de la créativité. Beatles for Sale est le quatrième album du groupe, et suit le (très bon) single I Feel Fine. Difficile de vraiment savoir si le titre est très second degré, mais BFS est une sorte de retour en arrière pour les Beatles, qui, après avoir sorti le 100% original A Hard Day's Night, se voit de nouveau obligé de refaire quelques reprises pour sortir un album assez long. Malgré le fait que Beatles for Sale soit un album mineur, il n'est pas pour autant dénué d'intérêt.

Par exemple, le style de composition de John Lennon tend maintenant à quitter les classiques compositions d'amour. Il est plus incisif, parfois plus sombre. No Reply, I'm a Loser, n'auraient jamais pu se retrouver plus tôt dans leur discographie. Ce dernier morceau prouve d'ailleurs que Lennon a été influencé par un compositeur dont on entendra encore parler, un certain Bob Dylan. I Don't Wanna Spoil The Party revendique des influences country, alors que Eight Days A Week est le morceau que l'histoire retiendra comme l'extrait de choix. Il est intéressant de noter qu'avec ce morceau, les Beatles (et George Martin) ont commencé à multiplier les prises pour expérimenter. Ces expérimentations allaient bien sûr être la base même des futures compositions du groupe.

Les reprises sont généralement assez peu mémorables, notamment Mr Moonlight, souvent considérée comme la plus mauvaise performance enregistrée des Beatles. La voix de Lennon avait définitivement besoin de repos. Heureusement, il assure totalement Rock 'N Roll Music (Chuck Berry). Macca, quant à lui, n'a pas fourni grand chose ici, même si What You're Doing et Every Little Thing sont assez sous-évaluées. Il allait bientôt écrire un ou deux trucs sympas pour Help!, de toute façon.

Beatles for Sale restera donc un des seuls albums mineurs des Beatles, et surtout, il marque la première fois que leur nouvel album est moins bon que le précédent. Mais au vu de ce qui va suivre, cela n'a pas beaucoup d'importance.

vendredi 18 septembre 2009

The Beatles - A Hard Day's Night



Les Beatles étaient le plus gros groupe du monde. La Beatlemania régnait partout, et tant qu'à faire, autant tirer sur la corde autant que possible, en suivant la mode de l'époque : mettre les popstars dans des films. A Hard Day's Night accompagne le film du même nom, du moins la face A du disque. Ces films ne m'ont jamais intéressé, mais l'album, quel album. Premier album du groupe a ne comprendre que des compositions originales, il contient hit sur hit, dès le premier accord du morceau-titre, peut-être l'accord le plus connu de l'histoire du rock 'n roll. A Hard Day's Night est fantastiquement frénétique, mélodique et étonnamment complexe. John Lennon a parfaitement appris les leçons des reprises, et les surpasse maintenant avec ses originaux. Lennon, qui a d'ailleurs composé une majorité de l'album, comme I Should Have Known Better, If I Fell et ses harmonies vocales ou Anytime At All.

Mais c'est peut-être les morceaux de McCartney qui impressionnent le plus. And I Love Her est proche de la perfection, alors que Things We Said Today a une telle recherche mélodique qu'on pourrait écrire un morceau à partir de chaque ligne. Même si McCartney s'occupait plutôt des morceaux "calmes", il a écrit Can't Buy Me Love (Ringo!), l'autre grand classique rock 'n roll de cet album. Dès ce moment, de toute façon, ce ne sont plus les morceaux "connus" qui font la différence. Chaque morceau vaut la peine d'être (ré)écouté, car le groupe est vraiment en pleine possession de leurs pouvoirs de poprockers mélodiques. Ils continueront encore pendant deux albums, avant de devenir, bien sûr, totalement dingues.

A Hard Day's Night, qui pêche peut-être par une seconde face moins percutante, est donc le premier excellent album du groupe. Ils feront plus bizarre, plus expérimental, et sans doute meilleur, mais en ce qui concerne la pop song parfaite, elle est ici. P
as d'inquiétude cependant : si vous l'avez ratée, elle reviendra.

lundi 14 septembre 2009

The Beatles - With The Beatles



Album numéro 2, With The Beatles et son titre kitschissime ne fera que confirmer la légende. Il détrôna Please Please Me des charts anglais pour lui même s'y installer pendant 21 semaines, portant les Beatles pendant presque un an au sommet. Pourtant, c'est probablement le moins bon album du groupe, le plus faible. Enregistré et sorti rapidement pour capitaliser sur leur immense succès, il reprend le même concept que son prédécesseur : six reprises (RnB/Motown) et huit originaux, dont, pour la première fois, un morceau de George Harrison (le dispensable Don't Bother Me).

On ne s'y attardera donc pas trop, même s'il comprend tout de même quelques passages intéressants, dont le mémorable All My Loving, montrant déjà le sens inné de la mélodie qui sera la marque de Paul McCartney pour les années à venir. En fin d'album, le superbe And I Love Her préfigure un certain Yesterday, et on notera aussi le méconnu Not a Second Time. Sinon, on remarque vite que l'album a été conçu comme photocopie de Please Please Me, avec Roll Over Beethoven pour "faire" Twist and Shout, par exemple.

Mais il faut tenir compte du fait que c'est tout de même le second album du groupe en six mois et qu'à l'époque, on alternait albums et singles : les Beatles venaient de sortir l'excellent She Loves You, alors que le non moins fantastique I Wanna Hold Your Hand allait suivre un mois après. On reparlera des morceaux non-albums lorsqu'on parlera des Past Masters, bien sûr. With The Beatles restera toujours connu comme le second album des Beatles, sans doute le moins intéressant, mais la rampe de lancement vers l'album qui définira la Beatlemania, A Hard Day's Night.

jeudi 10 septembre 2009

The Beatles - Please Please Me



And so it begins... La série, qui s'entame donc aujourd'hui, de chroniques des albums remasterisés des Beatles n'est pas censée (ré)écrire l'histoire des quatre de Liverpool, mais sera simplement un point de vue très subjectif. L'oeuvre des Beatles est profondément ancrée dans son époque, c'est pourquoi je ne peux que conseiller la lecture du fantastique Revolution In My Head, de Ian Macdonald, qui non seulement analyse chaque morceau du groupe, mais replace le tout dans son contexte.

En quelques mots, le contexte de Please Please Me est simple. L'industrie du disque est fort différente de maintenant, et voulait à l'époque capitaliser sur un jeune groupe qui créait des vagues, notamment grâce à leurs shows en résidence au Cavern Club de Liverpool. C'est donc tout naturellement que l'album correspond à leur setlist de l'époque, et qu'il a été largement enregistré live en studio. Le succès est immense : trente semaines numéro 1 des charts britanniques, et le point de départ d'une légende, qui est aujourd'hui remise à neuf grâce aux remasters mono et stereo.

Au risque de commetre un blasphème, je ne suis pas un grand amateur des premiers albums. Please Please Me semble être reconnu comme le meilleur de la période "rock 'n roll" du groupe, et c'est vrai qu'il est intéressant à plusieurs égards. Mais il est très très loin d'attendre l'invraisemblable brillance que le Fab Four atteindra à plusieurs reprises quelques années plus tard. En fait, la principale qualité de l'album n'est même pas musicale, c'est ce qu'il représente : pour la première fois, un groupe de musiciens "pop" sort un album sur lequel ils chantent (tous, même), jouent de leurs propres instruments (avec notamment une section rythmique McCartney/Starr très solide) et composent une majorité de morceaux (huit sur quatorze). Ce qui n'était pas évident du tout à l'époque.

Parlons tout de même un peu de musique. Forcément, c'est brut et primitif, on est tout de même en 1963. Et même s'il ne faudra que quelques années pour que les Beatles (et certains de leurs pairs, n'oublions pas) révolutionnent la musique populaire, ici, c'est le début. On sent un groupe qui se cherche, notamment au niveau des voix : les cinq premiers morceaux voient quatre lead vocalistes différents se succéder. Quatre vocalistes qui d'ailleurs, chantent juste. De même, les contraintes de production et de marketing font que les compositions personnelles ne doivent pas s'éloigner trop des reprises. Il n'empêche que les toutes premières compositions estampillées Lennon/McCartney (pas encore de compos de Harrison) sont souvent meilleures que les reprises, et comprennent déjà quelques éclairs de génie, comme la ligne de piano de Misery, ou le rythme probablement indécent de Love Me Do (batterie jouée par Andy White, la version Ringo étant encore plus puissante).

I Saw Her Standing There et Please Please Me sont sans doute les deux autres originaux qui sortent du lot, mais c'est la reprise finale qui restera le morceau de choix de l'album. Enregistré en toute fin de session, Twist and Shout est électrique, et aussi puissant qu'un morceau pop pouvait être à l'époque. La voix de John Lennon, qui était préservée jusque là, se rapproche de la rupture, et montre à quel point ces quatre-là possédaient des talents complémentaires hors pair. On n'avait encore rien vu.

samedi 11 avril 2009

Pearl Jam - 1990-1992 (Ten Collectors Edition)



Il y a de ça presque deux ans, j'ai écrit une rétrospective de Pearl Jam en commençant, forcément, par le premier album : Ten. Dans l'article, j'ai mis en évidence une production souvent critiquée. Le groupe lui même s'en est rendu compte, à tel point que presque vingt ans après, l'album ressort en version évidemment spéciale et remasterisée, mais surtout accompagnée d'une toute nouvelle version de Ten, remixée par Brendan O'Brien.

Dans cet article, je ne vais pas revenir sur l'album en tant que tel, mais sur la valeur ajoutée du coffret collector, qui vaut largement qu'on lui dévoue quelques lignes. D'abord, sa composition : l'album original, produit par le très zeitgeist Rick Parashar et remasterisé en 2009 et la nouvelle version, remixée par O'Brien en forment la pierre angulaire. La version que tout le monde connaît ne change pas, même si le son est fatalement plus puissant, triste conséquence de la loudness war. La version O'Brien, par contre, est stupéfiante. On retrouve des guitares dont on ignorait l'existence, le son est plus clair, plus proche de ce que le groupe fait en concert. C'est surtout les morceaux plus lents qui bénéficient le mieux du traitement de BOB : Oceans (sans l'infâme reverb), Garden, Release et évidemment Black sont intenses de pureté et totalement captivantes. Les emblématiques Alive, Even Flow et Jeremy changent moins (même si le final de ce dernier est étonnament modifié) mais c'est surtout Porch qui impressionne par sa force et la rage d'un jeune Eddie Vedder.

La question à 110€ (le prix minimum du box) est la suivante : est-ce pertinent de vouloir réécrire l'histoire? Est-ce une bonne idée de décontextualiser un album qui est, par définition, un produit de son époque? J'imagine que c'est pour ne pas devoir répondre à cette question que les deux versions de l'album sont comprises dans le coffret. Personnellement, je détestais écouter Ten, justement à cause de cette production. Je préfère la nouvelle version, même si on ne peut pas, pour des raisons historiques, la substituer à la première et seule version légitime. Mais ce n'est pas la seule nouveauté, car le "nouveau" Ten (appelé Ten Redux) ajoute six morceaux bonus.

2,000 Mile Blues est, comme son nom le laisse penser, une impro blues en studio, pendant que le guitariste Stone Gossard était chez le dentiste. Anecdotique, mais comprenant un très bon solo de Mike McCready. Evil Little Goat est plus une blague qu'autre chose, un morceau qui aurait sans doute gagné à etre caché quelque part. On retrouve aussi deux versions alternatives de State Of Love And Trust et Breath (de la BO de Singles). Les versions sont assez brutes et primitives, on ne doit donc pas s'attendre à des versions aussi abouties que celles qu'on connaît. Enfin,les deux morceaux restants sont les plus intéressants. Brother et Just A Girl sont deux morceaux mythiques du groupe, ayant été joués en concert au début de leur carrière, mais ne s'étant jamais retrouvé sur disque (sauf la version instru de Brother sur Lost Dogs). Des versions studio pouvaient être trouvées sur le web, mais c'est ici la première fois qu'ils sont disponibles officiellement. Just A Girl est mon préféré, d'ailleurs un de mes morceaux préférés de cette période, alors que Brother m'a étonné, car les paroles ne sont pas les mêmes que les versions connues. De toute façon, ces deux morceaux sont clairement un des points positifs principaux du coffret, mais représentent aussi la porte d'entrée à ce qui est peut-être sa principale critique.

Comme on peut le remarquer, le nom officiel du coffret est "Pearl Jam 1990-1992". Le groupe a aussi annoncé son intention de ressortir chaque album de son catalogue, pour en faire une sorte d'anthologie jusqu'en 2011 et son 20ème anniversaire. Bonne idée, mais le problème, c'est qu'une anthologie, par définition, est censée contenir les meilleurs morceaux. Pour que la boîte soit complète, il eut fallu inclure les faces B, qui sont certes connues, soit via les singles correspondants ou la compile Lost Dogs, mais qui sont absolument cruciaux pour cerner ce qu'était PJ entre 90 et 92. Yellow Ledbetter, pour ne prendre qu'un exemple, est un morceau qui finit traditionnellement les concerts du groupe, et est donc un de leurs morceaux-clés. Forcément, n'importe qui pourrait le graver, ce disque manquant, mais je ne peux m'empêcher de penser que l'occasion était bonne. Tout comme je ne peux m'empêcher de croire qu'il devait bien y avoir autre chose de plus intéressant que deux faux inédits, deux démos et deux morceaux boîteux comme "inédits".

On peut ensuite continuer l'exploration de la boîte, avec les deux mêmes albums (sans les morceaux bonus, pour une question de place) en vinyl 180 grammes. Forcément, il faut avoir le matériel (une bête platine fait déjà la différence), mais quand c'est le cas, les versions cd deviennent superflues : comme c'est souvent le cas avec de bons vinyls, le son est nettement meilleur, sans volume assourdissant. Le marché étant bien plus réduit, pas de loudness war pour le vinyl, qui est donc préférable au cd.

Ce n'est pas fini, loin de là. Le coffret comprend aussi le DVD de la mythique session MTV Unplugged, qui montre un Eddie Vedder compètement habité et surtout la mode de l'époque, sacré Jeff Ament. Je n'ai jamais été un fan de leur Unplugged, parce qu'il est arrivé trop tôt dans leur carrière : ils n'avaient pas encore assez de morceaux qui pouvaient se prêter au concept, contrairement à Nirvana ou Alice in Chains dont l'Unplugged est phénoménal. Il reste toutefois intéressant de le regarder, même si le Rockin' in a Free World final manque à l'appel, probablement pour des raisons légales.

Suit encore un double vinyl (mais avec un code permettant de télécharger les mp3 en 256 kb/s) d'un concert légendaire, "Drop In The Park", à Seattle. Une fois de plus, c'est encore Porch qui vole la vedette, avec une reinterprétation passionnée de Tearing, du Rollins Band. Malheureusement, deux morceaux manquent encore à l'appel (Sonic Reducer et Rockin' In The Free World), de plus, le concert est tronqué par la suppression des interventions parlées du groupe, remplacées par de très vilains fade outs.

On terminera la partie audio/video du box avec une véritable curiosité cette fois véritablement inédite : la reproduction de la cassette comprenant les tous premiers enregistrements d'Eddie Vedder comme chanteur de Pearl Jam. Stone Gossard et Jeff Ament avaient envoyé trois instrumentaux à Vedder, qui a écrit ses paroles et ajouté sa voix sur ce qui allait devenir Alive, Once et Footsteps, trois morceaux connus sous le nom de Momma-Son - ou Mamasan - Trilogy (voir l'article original pour explication). Les trois morceaux sont intéressants, surtout quand on les compare aux versions définitives : Alive est nettement plus lent, Footsteps comprend l'harmonica virée de la version du single de Jeremy mais rajoutée sur Lost Dogs ; quant à Once, c'est la version la plus différente, avec des couplets carrément funk. Note amusante : Pearl Jam n'ayant pas encore de batteur à l'époque, c'est Matt Cameron, alors batteur de Soundgarden, qui joue sur les trois morceaux. Une dizaine d'années après, il allait rejoindre le groupe pour de bon.

On l'aura compris, ce coffret est rempli à ras bord de musique. Mais le côté graphique a aussi été soigné, car on y retrouve des cartes postales, des répliques de ticket de concert, de pass backstage entre autres, mais aussi et surtout un carnet de 80 pages rempli de photos et souvenirs en tout genre.

Malgré les quelques points négatifs relevés ci-dessus, Pearl Jam 1990-1992 est un objet assez extraordinaire, digne témoignage de son époque. Beaucoup de soin et d'efforts ont été fournis pour arriver à un résultat fantastique, qui peut expliquer son prix relativement élevé. Il reste maintenant à voir comment le groupe va suivre ce coffret, vu que la même chose est attendue pour les autres albums, à commencer par Vs. La barre est placée très haut.

lundi 28 janvier 2008

Radiohead - In Rainbows CD2



On aurait tendance à s'y perdre, et ce serait dommage, remettons donc un peu les choses en place. In Rainbows est d'abord sorti en téléchargement à prix choisi par l'utilisateur, quelques semaines avant sa sortie physique, le 31 décembre dernier. On ne peut maintenant plus le télécharger de cette manière, il faut passer par des services payants de download, de type iTunes. Mais entre les deux modes de diffusion, Radiohead a proposé aux fans le discbox, édition luxueuse comprenant l'album en cd et double vinyl, de l'artwork tangible et virtuel, et aussi - surtout? - un second album avec huit morceaux inédits. Vu que le box est sold out, il n'y a plus de moyen légal de se procurer les morceaux (si ce n'est l'évident ebay), et c'est d'autant plus dommage qu'ils valent très largement le déplacement.

Il ne faut pas parler de second album, car il est court : 27 minutes, 8 pistes dont deux courts instrumentaux. Ce ne sont pas non plus des "faces B" dans les différents sens du terme, mais plutôt des morceaux aboutis, joués en concerts, qui ne collaient cependant pas avec le concept In Rainbows, ce qui se vérifie à l'écoute. MK1 ouvre le disque, une courte intro basée sur les notes de Videotape. D'ailleurs, si l'on écoute numériquement les deux disques l'un après l'autre, il n'y a pas de pause, comme si le deuxième disque était la suite de In Rainbows, ce qui est une théorie discutable, mais qui peut tenir la route.

Si c'est la suite, alors, c'est une suite nettement plus expérimentale. IR, on le sait, est un album relativement classique, et plutôt positif en terme d'ambiance. Down Is The New Up, premier vrai morceau ici, aurait pu s'y retrouver, mais son ambition (et son titre) aurait attiré trop d'attention. Carrément cinématographique, il prend toute son ampleur épique avec l'arrivée des cordes, avant que Thom Yorke se mette à chanter très haut. Certainement un des meilleurs morceaux sortis par Radiohead en 2007, mais qui aurait effectivement sonné bizarre sur l'album. Last Flowers aurait pu aussi y être, mais en concurrence probable avec l'immense Videotape. Oui, c'est encore une lamentation classique piano/guitare de Yorke, mais qui reste notable par sa simplicité et son absence totale de programmation. De l'autre côté du spectre, Bangers 'n Mash est menaçant, et démontre les talents de batteur de Phil Selway ainsi que l'inventivité toujours incontournable de Jonny Greenwood. Et pour faire encore plus différent, Up On The Ladder, quant à lui, est totalement trippant, grâce (ou à cause?) d'un beat hypnotique et des claviers ensorcelants.

Le dernier morceau dénote aussi de l'ambiance d'In Rainbows : 4 Minute Warning dépeint les actions et pensées d'un être humain, quatre minutes avant une catastrophe de type nucléaire. Pas bien drôle, mais au moins, on retrouve autre chose que le Radiohead de All I Need. Pas qu'All I Need soit mauvais, bien sûr...

Le statut de ces morceaux reste donc étrange, et toujours en suspens en attendant une éventuelle sortie officielle. Reste que quiconque est un peu intéressé par Radiohead ou In Rainbows se doit de les dénicher, car passer à côté serait une erreur.