jeudi 10 juin 2010

The 2010 MBO World Cup


Oui, je me plains de ne pas avoir assez de temps pour écrire, et j'arrive encore à commencer des nouveaux projets. Hier Indie Music Box, aujourd'hui, un truc très ponctuel, dont l'idée est arrivée dans mon cerveau tel Yesterday pour Macca. Si. J'espère juste que je tiendrai le coup, parce que c'est un minimum ambitieux, comme truc.

Voilà : pour chaque match de la Coupe du Monde de Foutebaule, je vais trouver deux groupes "rock" locaux, et les faire s'opposer. 'Ttention : je *hais* (avec un h très aspiré) la compétition. Vingt-deux cons autour d'un ballon, passe encore, mais dans le rock, c'est juste stupide. Mais je vais quand même le faire, avec le plus de second degré possible.

De même, je n'ai ni le temps, ni l'envie de faire une étude comparative de la scène rock de chaque pays. Mes sélections sont excessivement subjectives et totalement arbitraires. Et je vois bien d'ici que je serai tôt ou tard (tôt) pressé par le temps, donc, si vous avez un groupe rock au Ghana qui est bien référencé par Google, je vais parler de vous.

Mais j'espère faire de chouettes découvertes, j'ai déjà pu en faire, d'ailleurs. Je suis aussi ouvert à toute suggestion, vu que j'ai au moins besoin de trois groupes par pays, histoire de couvrir le premier tour.

Je ne promets pas d'être systématiquement à jour avec le tournoi, mais je profiterai des jours de repos pour rattraper l'évident retard qui sera accumulé. Et pour le fun, je vais suivre les résultats du "vrai" tournoi, même si les miens sont différents, sinon on va nécessairement avoir Japon-Corée du Sud en finale.

On commence demain, avec Uruguay - France et Afrique du Sud - Mexique.

Alea Iacta Est, Panem et Circenses, Hey Ho Let's Go, Gabba Gabba Hey.

mardi 1 juin 2010

Tumblr + Soundcloud + Labels indé et autoproductions = Indie Music Box


C'est un de mes projets depuis... toujours, en fait. Depuis que j'écris, j'ai envie de faire parler d'artistes qui, justement, n'ont pas toute une machine marketing derrière eux, mais qui valent largement l'intérêt. Groupes signés sur un label indépendant, artistes autoproduits, tous n'ont pas, évidemment, la "chance" de trouver facilement leur public.

De plus, depuis que j'écris pour Shoot Me Again, webzine spécialisé dans l'alternatif/indé, je reçois constamment de la musique, souvent très bonne, d'artistes qui veulent tout simplement qu'on parle d'eux.

Pour différentes raisons, je l'ai très peu fait jusque maintenant, mais l'association de deux outils web vont permettre de changer tout ça.

Dorénavant, quiconque voudra me soumettre un morceau pourra l'uploader sur ma dropbox Soundcloud. J'écouterai le morceau, et je le publierai systématiquement sur mon nouvel audioblog Tumblr, Indie Music Box.

Ensuite, si l'envie et le temps le permet, je pourrai parler du groupe, de l'EP, de l'album en question sur Shoot Me Again, par exemple.

Donc n'hésitez pas, et plutôt que d'envoyer un mail comme tout le monde, passez par Soundcloud, c'est plus simple et plus interactif. Il suffit de cliquer le bouton ci-dessous.

Send me your track

samedi 29 mai 2010

Nouvelle playlist


Malgré quelques errances matinales de Mixpod, une playlist 100% renouvelée est online. Je n'écrirai pas de post à chaque playlist, mais ici, cela méritait quelques explications.

Arcade Fire - The Suburbs : les Canadiens viennent d'envoyer un 12" à quelques magasins indé, avec deux nouveaux morceaux, probablement extraits de l'album The Suburbs, qui sort le 2 août. L'autre morceau s'appelle Month of May, et est assez rock n roll.

Vampire Weekend - Jonathan Low : mystère de la vie, les BO des films Twilight sont assez bons, à quelques exceptions (oui, Muse). Voici un inédit de VW assez original, avec une grosse orchestration et une acoustique 12-cordes.

NERD - Hot-N-Fun : les nouveaux trucs de Pharrell Williams n'intéressent plus grand monde, mais sait-on jamais. L'album Nothing sort le mois prochain.

How To Destroy Angels - The Believers : Trent Reznor + Atticus Ross + Mariqueen Maandig Reznor. En gros, NIN + une fille qui chante. Mais on peut quand même leur laisser une chance. EP en download gratuit le 1er juin.

Klaxons - Flashover & Korn - Oildale : tous deux produits par Ross Robinson, l'un est le fruit d'un groupe qui risque de conquérir le monde très bientôt, l'autre ... c'est fini depuis bien longtemps.

Built to Spill - Your Weather : absolument pas nouveau du tout, mais je ne les connaissais pas bien, et ils m'ont laissé une bonne impression avant Dinosaur Jr à Bruxelles, donc voilà.


In related news, je compte migrer Music Box vers Wordpress + mon propre hébergement, pour éviter le harcèlement de Google et avoir plus de flexibilité/contrôle. Mais minute quand même.

samedi 8 mai 2010

Quelques mises à jour...


1 D'abord, comme j'ai écrit sur la page Facebook de Music Box il y a quelques jours, j'aimerais beaucoup m'occuper plus de tous ces groupes et labels indépendants et souvent auto-produits, qui m'envoient cds, matériel promo et liens. Certains d'entre eux font des trucs absolument formidables, et je m'en veux de ne pas leur offrir plus. Je vais donc essayer d'en parler plus, et ce sera probablement via Shoot Me Again.

2 Un des défauts de mes pages, c'est un certain manque d'interactivité. Pour tenter d'y remédier, et permettre aux lecteurs d'écouter directement de la musique, j'ai dégagé trois nouveautés : les liens blip.fm en bas d'article, le lecteur mixpod sur Music Box Off (mis à jour régulièrement, nouveautés et coups de coeur) ainsi qu'un lien Spotify pour chaque nouvelle chronique (ainsi que pour l'album de la semaine via Twitter/Facebook) et, dans le futur, des playlists.

3 J'ai ajouté la possibilité de partager les articles sur Twitter, Google Buzz, Facebook + Facebook Like, etc. pour Music Box via une série de petites icônes en bas de chaque article.

4 Bizarrement (enfin, je trouve), on m'a déjà dit plusieurs fois que je devrais offrir la possibilité aux lecteurs de me faire un don via Paypal. J'ai des doutes, mais bon, le bouton est là, à vot' bon coeur.

5 Voilà.

lundi 19 avril 2010

Blur - Fool's Day



Pour une surprise, c'était une surprise. Aux dernières nouvelles, Blur était de nouveau en pause, sans projet à venir. Leur petite tournée estivale, suite à une reformation très attendue, fut énorme : deux Hyde Park remplis, un Glasto triomphant, deux albums live et une compile qui leur faisait enfin honneur. Néanmoins, les quatre membres ne semblaient pas vouloir donner suite à l'aventure, ayant tous d'autres activités : Damon Albarn et Graham Coxon sont toujours dans la musique, Alex James, lui, fait du fromage tandis que Dave Rowntree est devenu avocat et politicien.

L'annonce de Parlophone, en début de semaine dernière, venait donc vraiment de nulle part. À l'occasion du Record Store Day (samedi 17 avril), journée de promotion des disquaires indépendants, le label de Blur édite un vinyl simple face, avec rien de moins que le premier nouveau morceau de Blur depuis 2003 et le premier single avec le guitariste d'origine Graham Coxon depuis 1999. Le vinyl est sorti en édition limitée (1000 exemplaires), ce qui a forcément créé une frénésie quelques heures avant l'ouverture des magasins, et une fameuse activité sur eBay également. C'est pour cela que le groupe a décidé de mettre le morceau à disposition, gratuitement, sur le site officiel du groupe, et en format .wav, s'il vous plaît. Tout le monde peut donc écouter le premier morceau du Blur original depuis plus de dix ans.

Fool's Day commence par un beat sec de Dave Rowntree et une boucle de guitare acoustique. La voix de Damon Albarn arrive quelques mesures plus tard, et on peut déjà en tirer deux conclusions : Albarn a adopté un ton de voix proche de The Good The Bad and The Queen, tout en accentuations londoniennes et il retourne enfin (pour Blur) à un de ses thèmes de prédilection, l'observation et la description de la vie de tous les jours, en l'occurrence la sienne.

On comprend vite le sujet du morceau et son titre : il raconte simplement la journée de Damon Albarn, le 1er avril 2010, jour où il va enregistrer un morceau qui s'appelle... Fool's Day. On suit Damon au réveil (il a rêvé d'un accident d'avion), il allume (forcément) la tv, se sert un café : "another day on this little island". Tout cela est typiquement Blur, certes, mais un vieux Blur, celui de Parklife, qu'on pensait oublié suite aux expériences de Blur, 13 et Think Tank. Musicalement, le premier couplet est assez minimaliste : le beat, la basse ronflante de James, quelques accords secs de Coxon et parfois, une couche de claviers.

Le second couplet nous plonge totalement dans l'anglophilie d'Albarn : il mange du porridge, il emmène sa fille à l'école en passant à côté de Woolworths. Prend le métro, jette un oeil au Westway (l'autoroute, rendue notamment célèbre par Clash), mais c'est en vélo que Damon se rend au boulot, en passant par Ladbroke Grove (où se trouve les locaux de son label world Honest Jon's). Et ce sont ces quatre vers qui seront probablement disséqués par des critiques et fans en quête d'indice sur la prolongation de l'activité de Blur.

Albarn se rend donc en studio, où se passent quelques "forthcoming dramas", qui n'ont que peu d'importance, car ils sont là "for the love of all sweet music." Albarn achève : "we just can't let go". Si ce n'est pas un message définitif sur le fait que Blur ne peut simplement pas, plus, s'arrêter d'exister, alors, je ne sais pas ce que c'est.

Après ce "let go" répété, la guitare de Coxon prend une allure étonnante, qui rappelle carrément les débuts baggy du groupe et l'album Leisure, avec évidemment des années d'expérience en plus. Albarn commence son dernier couplet, qui est nettement plus généraliste : on ne parle plus que de la vie rangée londonienne d'Albarn, mais aussi, par la même occasion, de la condition existentielle occidentale passée sous le tamis du socialisme cher à Albarn : "so meditate on what we've all become", "civil war is what we all were born into, raise your left hand, right, sing", "don't capitulate to the forces of the market place", et, le plus important de tous : "consolidate the love we've had together". Après un dernier rappel du thème ("a cold day in springtime"), les guitares de Coxon peuvent se lâcher : sous un fond d'orgue carnavalesque, d'accords répétés et de feedback, le motif à la Leisure se répète pendant une bonne minute, devenant facilement une de ses récentes performances les plus mémorables.

Trois minutes vingt-sept secondes, pas de refrain, une mélodie simple, une performance fantastique de Coxon et un morceau très riche : pas de doute, c'est Blur, et il ne faut absolument pas qu'ils en restent là.

dimanche 14 février 2010

Marketing rock 2.0 : quoi de neuf depuis la dernière la fois? (Ash, Bromheads, Corgan, Jack White, Modlife)


Dans le cadre "marketing rock 2.0", voici quelques nouvelles des programmes que je suis depuis quelques mois, et dont j'ai déjà parlé ici : les nouvelles sorties des Smashing Pumpkins, Ash, Bromheads ainsi qu'une description d'un service déjà connu mais potentiellement intéressant, Modlife.



1) Billy Corgan

Voici quelques mois, Corgan annonçait sa louable intention de sortir le nouveau Smashing Pumpkins gratuitement, un morceau à la fois. Seuls deux morceaux sont actuellement disponibles (les très moyens Song for a Son et Widow Made My Mind) et Corgan sortira un EP après que le quatrième morceau soit disponible. Mais à ce rythme-là, Teargarden by Kaleidyscope ne sera pas terminé avant quelques années. De plus, Corgan est fort peu disponible, et offre peu de mises à jour sur son projet, se contentant de tweets pseudo-ésotériques. C'est mal parti, tout ça.


2) Bromheads

Le groupe anglais Bromheads (ex-Bromheads Jacket) se sert amplement des réseaux sociaux pour faire la promo de leur musique, qui est offerte gratuitement sur leur site à raison d'un morceau par mois, depuis six mois. Pour faire le point sur le système, tenter de comprendre leurs motivations et leurs espérances, Music Box Off vous proposera prochainement leur interview.


3) Ash

Ash continue son petit bonhomme de chemin, continuant à sortir un nouveau morceau toutes les deux semaines. Les morceaux peuvent être écoutés et téléchargeables (pour 1,49$) sur leur site, mais l'abonnement aux 26 vinyls est soldout depuis un petit bout de temps. Ces sorties incessantes permettent au groupe de tourner en quasi permanence, en ayant toujours quelque chose à vendre. Cependant, ils viennent de s'exposer à la critique des fans qui suivent le programme depuis le début, en annonçant la sortie, le 19 avril, d'une compilation reprenant les treize premiers singles et cinq autres morceaux. Même si le groupe se justifie en disant qu'ils ont toujours eu l'intention de le faire, les fans qui ont dépensé une certaine somme d'argent pour collectionner les vinyls "exclusifs" l'ont un peu mauvaise, tout comme le concept "on ne sort plus d'album". Bon, c'est peut-être du chipotage, mais tout cela devient assez compliqué, car les abonnés ont droit à deux morceaux bonus qui ne seront pas sur la compile, qui comprendra, elle, quatre inédits. Finalement, les albums, c'était quand même plus simple.

Et la musique, dans tout ça? Pas de grosse surprise, c'est Ash : un morceau pop-punk, une ballade, un autre plus hard, un peu d'électro. J'y reviendrai sur Music Box à la sortie de l'album, mais malgré l'originalité du concept, j'ai bien peur que la compile ressemble à un album d'Ash, en un peu plus varié, peut-être.


4) Modlife / Third Man Records

Modlife est un site internet, lancé en 2008 par Tom DeLonge, de Blink-182 et Angels and Airwaves. La page wikipedia l'expliquera mieux que moi, mais en gros, c'est un réseau social axé autour de certains artistes, avec pour objectif d'augmenter leurs revenus en proposant des exclusivités aux fans, une sorte de fan club digital, en somme. On peut choisir entre un service gratuit, minimal (infos de tournée, etc) ou payant (environ 7$ par mois, avec prévente de tickets, chatrooms avec les artistes, ...). Le service est resté relativement confidentiel, car peu d'artistes majeurs en faisaient partie (notons seulement un EP 4 titres de Korn, proposé aux abonnés), mais l'arrivée de Third Man Records, le label de Jack White, a changé la donne. J'avais déjà mentionné le lancement de The Vault sur MBO, et depuis, force est de constater que l'expérience n'est pas vraiment extraordinaire.

D'abord, on peut trouver un peu douteux que quasi toutes les parties utiles des sites Third Man (White Stripes, Raconteurs, Dead Weather) soient réservées aux abonnés payants (c'est le but de Modlife, ok, mais vous connaissez beaucoup d'artistes qui font payer pour visionner des clips vidéo, vous?). Mais surtout, les objets exclusifs perdent de plus en plus de leur intérêt. Le second package comprenait un live des Raconteurs, un 7" de versions alternatives de deux vieux morceaux des White Stripes ainsi qu'un print, mais c'est surtout le troisième qui a joué un peu avec les pieds, pour être poli, des fans : un 7" de deux nouveaux morceaux du Dead Weather (passe encore, s'ils ne se retrouvent pas sur l'album d'avril), des cartes postales (ça change du t-shirt, quand même) et un double 12" compilant tous les singles sortis par Third Man Records en 2009. Même si le concept est intéressant, je me demande ce que doivent dire les fans qui ont déjà acheté chacun de ces morceaux en vinyl ou cd. Enfin, non, je ne me le demande pas, il suffit de faire un tour sur leur forum. Enfin, depuis le lancement du système, l'abonnement trimestriel a augmenté de 10$, pour "couvrir les frais d'envoi", ce qui fait donc 280 dollars par an. On va quand même leur laisser encore un peu de temps pour terminer le rôdage, mais jusqu'à présent, c'est décevant de la part de Jack White, qui semble clairement plus ancré dans le passé que dans le futur, ce qui lui convient plus par la musique que pour la distribution de celle-ci.

Enfin, la dernière activité de Modlife vient de son créateur, Tom DeLonge. Quelques mois après la reformation de Blink-182, qui passera en Europe cet été et devrait sortir un nouvel album fin de l'année, DeLonge sort le nouvel album de son "autre" groupe, Angels and Airwaves, gratuitement via fuse.tv et, évidemment, Modlife. L'idée est simple : en proposant gratuitement l'album, DeLonge espère gagner beaucoup, beaucoup de nouveaux fans qui pourront alors dépenser 7$ par mois sur Modlife. En deux mois, ils auraient alors dépensé l'équivalent de ce qu'ils auraient payé pour l'album, et tout le reste serait du bonus. Le futur dira si ce business model est rentable, mais en attendant, on pourra juste remarquer qu'Angels and Airwaves, c'est toujours aussi pompeusement mauvais.


samedi 6 février 2010

The Beatles - Rubber Soul


Quatre mois après la chronique de la première partie de Past Masters, je reviens sur la déjà légendaire série de remasters du catalogue des Beatles. Past Masters Volume One terminait peut-être une certaine époque, celle des morceaux "simples", ou moins expérimentaux que ceux qui allaient suivre. Rubber Soul est l'album charnière, celui où la sensibilité pop des Beatles est toujours présente (même si, finalement, elle ne partira jamais) mais où le groupe commençait sérieusement à voguer vers d'autres horizons.

Rubber Soul voit les quatre gars de Liverpool embrasser une world music naissante en Europe, découvrir certains paradis artificiels, écrire autre chose que des chansons d'amour, expérimenter un peu partout tout en écrivant des mélodies belles à mourir. Tout cela en trente-cinq minutes.

Drive My Car entame l'album avec un duo Lennon/McCartney qui commence à sérieusement se foutre des conventions : Drive My Car est au mieux une chanson sexiste sur une groupie tournée en bourrique, au pire une métaphore sexuelle douteuse ("baby you can drive my car, and maybe I'll love you"). Mais le morceau est bon, la basse de McCartney légendaire de propulsion. Paul McCartney qui, après avoir écrit ce qui restera à jamais sa chanson la plus connue (Yesterday), se la joue cette fois plutôt profil bas avec seulement trois compos exclusives. Mais comme on y retrouve le délicieux Michelle et l'hypermélodique You Won't See Me, on ne se plaindra pas, surtout que le rôle de bassiste de Paulo est une fois de plus bien rempli, notamment avec l'ajout - révolutionnaire - d'une fuzzbox sur Think For Yourself, excellent Harrison bénéficiant donc de deux lignes de basse complémentaires.

On l'aura compris, Rubber Soul est plutôt un album Lennon. Avec Nowhere Man, il écrit ce qui doit être la première chanson des Beatles qui ne parle pas d'amour du tout, mais plutôt de lui-même, dans un style autocritique qu'il utilisera fréquemment par la suite. Girl exposera au grand jour, et sans (trop d') ambiguïté, l'intérêt évident du fab four pour les "substances créatrices" : les inhalations du refrain se réfèrent à la prise de marijuana, et le rythme fait de "tit-tit-tit" n'a forcément pas été écrit dans un état sobre. Lennon a aussi, et surtout, livré Norwegian Wood (This Bird Has Flown). Écrite autour de paroles se référant à une aventure extraconjugale qui tourne relativement mal (le protagoniste, en colère parce que son aventure refuse de le faire dormir ailleurs que dans la baignoire, boute le feu à la maison), la chanson est surtout connue pour l'utilisation d'un sitar, la première fois pour un groupe rock. George Harrison allait continuer l'exploration de cet instrument et de toute la mythologie indienne l'entourant (avec des résultats mitigés, on le verra), mais ce crossover entre le rock et la musique traditionnelle indienne allait contribuer à créer un nouvel genre musical occidental : la world music. Enfin, quand Lennon n'expérimente pas trop, il livre le touchant et réflexif In My Life.

Rubber Soul possède une autre particularité très importante : c'est un des premiers exemples d'un album pop conçu dans sa totalité, et pas comme une collection de morceaux rallongés par quelques fillers. C'est en tout cas l'avis de Brian Wilson, qui, inspiré par l'album, s'est mis en tête de faire mieux : Pet Sounds sera le résultat, qui inspirera à son tour Sgt Pepper's Lonely Hearts Club Band. Ceci dit, on pourra quand même reprocher un ou deux morceaux moins importants, dont Wait, chute du précédent album qui a justement été ajouté car il en manquait un pour boucler le disque. On ne reviendra pas trop sur Run For Your Life, que Lennon qualifiera de pire morceau qu'il ait jamais écrit.

Tout cela ne saurait bien sûr pas gâcher l'héritage de Rubber Soul, antichambre d'un véritable exploit : les quatre albums qui vont suivre sont tout simplement la séquence d'albums la plus extraordinaire de l'histoire du rock and roll, et quatre candidats absolus au titre de Meilleur album de tous les temps, si seulement quelqu'un était assez stupide pour y penser. L'expérimentation entamée ici ne fera que prendre plus d'importance, et ceci dès Revolver. Avant cela, le groupe aura gardé deux morceaux pop pour un ébourriffant single : Day Tripper / We Can Work It Out. Mais personne, à l'époque, ne pouvait imaginer ce qui allait suivre.